"A nouvelle année, nouveaux projets, peut-être nouveaux défis ou simples résolutions... Ou rien, se laisser vivre tout simplement ! Vous avez décidé que cette année serait la vôtre, dynamique, boosté à fond ? Vous avez décidé de vous mettre à votre compte, de changer de boulot ? Vous avez décidé de déménager, d'apprendre le crochet ? La peinture ? Le golf ? De reprendre des études ? Vous avez décidé, a contrario, de ne rien changer, de suivre le cours de votre vie..." nous écrit sur son blog Véronique Attard, vigneronne au Mas Coris (AOC Languedoc-Cabrières), et présidente éphémère des Vendredis du Vin.
 

Et de poursuivre : "quel vin pour vous accompagner, vous soutenir, vous booster même parfois ? Quel vin pour suivre vos pas ou prendre du repos, assis confortablement, le temps de se dire : "OK, jusque-là, tout va bien !  ?". Je n'ai pu m'empêcher de sourire à la lecture de l'énoncé de Véronique. Parfois, on se dit qu'il n'y a pas de hasard. Les connexions se font, comme dirait le Roi Heenok.


Il se trouve en effet que je vais changer de travail cette année. A vrai dire, je suis actuellement dans cette période un peu bizarre pour moi de l'entre-deux. Une page se tourne, la nouvelle est blanche. Tout est à écrire. Comme avant toute chose nouvelle, une bonne dose d'excitation se mêle à une pointe de saine et logique appréhension. Bref, j'ai hâte que ça commence.


Dans quelques semaines, j'aurai le plaisir de vous accueillir à la cave Mille et un Vins, 10 place du Lion d'Or à Lille, et de vous présenter une large sélection de vins d'artisan-vignerons, amoureux de leurs vignes, de leur terroir et de leur biodiversité ! Vous y trouverez des vins biologiques, des vins biodynamiques, des vins "nature" stables, des vins "viticulture raisonnée", et enfin des vins sans label mais plein d'éthique environnementale. Mais surtout des vins qui ont des histoires à vous raconter ! Sans oublier une large gamme de bières, cidres et spiritueux qui, eux aussi, ont des contes à susurrer à vos papilles !


Après ce paragraphe d'auto-promotion, cessons la réclame et revenons-en à notre mouton, j'ai parlé du "vin compagnon" de cette nouvelle aventure.

Si les vins proviendront de toutes les régions de France et de Navarre, nul n'étant censé ignorer la Loire, cette dernière région viticole sera, à mon grand bonheur, dignement représentée. A la question posée par Véronique, je réponds donc "retour aux racines". Et mes racines, elles puisent dans le lit majeur du roi des fleuves. En Touraine, le cabernet franc est son sang, ses larmes sont du chenin. Mais cessons de filer la métaphore christique, et débouchons plutôt cet OVNI (Objet Viticole Non Identifié) du Domaine du Mortier.
 


 

Quand j'habitais encore en Touraine, j'en ai bu quelques hectos entre copains, de ces jus bourgueillois des Fils Boisard ! Il se trouve qu'il me restait une bouteille d'une cuvée atypique, joliment nommée Des Pieds et des Mains : fermentation en grappe entière en cuve bois pendant 25 jours, sans remontage à la pompe, uniquement foulage aux pieds tous les soirs pendant 5-10 minutes. Elevage de 24 mois en fût de 3 vins. Mise en bouteille fût par fût sans sulfite ajouté.

Comme je vais avoir le plaisir de vendre les vins de ce domaine prochainement, le choix s'est imposé de lui-même. 
 


 

Je vais vous faire une confidence, je flippe toujours un peu avant d'ouvrir un vin « nature », tant il m'est arrivé récemment de tomber sur des jus partis en vrille, jetés de rage dans l'évier le lendemain, après moultes tentatives d'approche infructeuses et de carafage inutile...


Mais là, j'étais confiant. J'avais un très bon souvenir de ce vin que j'avais goûté sur un salon en 2011, parfaitement stable à l'époque, qui me semblait promis à une belle évolution dans le temps. Comme recommandé sur leur on-ne-peut-plus détaillée contre-étiquette, je carafe ce jus de raisin fermenté 2 heures avant le déjeuner. A l'ouverture, le nez est net bien qu'un poil fermentaire. Laissons le temps au temps, et surtout l'oxygène faire son œuvre. Deux heures et demi, plus tard, on le verse dans les verres. A nouveau, en trinquant avec mes convives, une petite voix résonne dans mon crâne : "putain, j'espère que c'est bon !".

 

Pif dans le verre. Pas de doute : c'est bon, ça ! A l'aveugle, jamais je ne serais parti sur un Saint-Nicolas de Bourgueil. Pas variétal pour un sou. C'est fou ce que l'on peut faire avec du cabernet franc. C'est très floral (pivoine, violette), minéral aussi. Très frais, assurément. Un peu de fruits noirs aussi. On sent une pointe d'évolution, bien que le jus reste fringuant. « What else » dirait George, l'autre vieux fringuant. A l'aération, la cannelle et l'orange sanguine ressortent peu à peu. Une fois jeté dans le gosier, ce qui frappe à nouveau, c'est la fraîcheur du vin, son côté soyeux et hautement digeste, attributs propres aux vins sans sulfite ajouté réussis. Du jus de raisin fermenté. Et rien d'autre. Comme dit le sage, quand c'est bon, c'est bon. Sur la rillette de canard, et la bavette d'aloyau, ça a fait son p'tit effet.
 


 

La vie n'est pas linéaire. On le sait tous. Bonheurs et drames cohabitent. Des aventures cessent, d'autres commencent. « C'est ce qui fait son sel... Non, peut-être » dirait le philosophe belge.


Aujourd'hui, j'assistais, quelque peu ému, à l'ultime chef d'oeuvre de Miyazaki, « le Vent se lève », traversé par les vers du poète Paul Valéry : 

Le vent se lève !... Il faut tenter de vivre !

L'air immense ouvre et referme mon livre,

La vague en poudre ose jaillir des rocs !

Envolez-vous, pages tout éblouies !

Rompez, vagues ! Rompez d'eaux réjouies

Ce toit tranquille où picoraient des focs !


Miyazaki, c'est fini. Le maître a tiré sa révérence, au sommet de son art. Respect. Chapeau, l'artiste. Dernière scène incroyable, rêvée par le héros. Et l'autre personnage de conclure : « Il faut vivre ! Mais en attendant, viens donc chez moi, j'ai du bon vin... ».

Sans blague. Je croire que je vais en faire la maxime de la cave.

 

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