Le p'tit blanc sans col, le rock, il aime ça.

Pré-ado déjà, il customisait ses jaquettes de cassettes audio de Maiden et autres AC/DC aux effigies d'Eddy ou d'Angus Young. Comme d'autres jeunes boutonneux de son âge, il faisait du air guitar sur son lit, en se prenant pour Hendrix, Eddy Van Halen ou Slash. Avec ses copains, en boum, il pogottait joyeusement sur Rage against the Machine en criant "MOTHERFUCKER!!!", revêtu de sa veste en jean bardée d'écussons de hard rock.

Ce qu'il préférait, le p'tit blanc sans col, c'était écouter du gros son dans son bain. Sa maman, ça la faisait flipper qu'il finisse comme Claude François en voulant changer de face la cassette (putain de poste qui n'avait pas d'auto-reverse... Auto-reverse, le mot que tu ne peux pas comprendre si tu es né après 1990).

Quand il y pense, il se dit qu'ils étaient sacrément patients, ses parents, d'accepter que son groupe de rock répète dans le salon. Et qu'il veuille toujours écouter SA musique, dans la voiture sur la route des vacances... Et FORT, parce que le rock, ça s'écoute FORT ! Aves les potars à 11, si possible.


C'était aussi une époque ingrate avec les filles, mais il s'en foutait : on lui avait enfin offert un ampli Fender 100W et un pédalier avec plein de sons bizarres.

Et les filles, aussi belles soient-elles, avec un ampli Fender 100W, elles peuvent pas rivaliser.

Nostalgie, quand tu nous tiens.

Le p'tit blanc sans col, la bière, il aime ça aussi.

Et, en passant devant la vitrine du Comptoir Irlandais, v'là t'y pas qu'il tombe nez-à-nez avec des binouzes aux effigies des héros de son adolescence. Son sang ne fait qu'un tour. Il a soif. Il a envie de cacahuètes et de chips au vinaigre. Il a envie de s'enfiler ses canettes avec des potes en écoutant du gros son qui tâche.

Et bam, il craque, achat compulsif, qu'importe le prix pourvu qu'on ait l'ivresse !

Et décide d'organiser une séance de glou-test, pour voir ce qu'elles ont dans la bouteille.

Verdict.

Premier constat, vu les degrés alcoolique, on risque pas d'être saouls : de 4,7% à 5% vol., excusez du peu ! Ouhla, ça sent la mauvaise pils de festoche...

On démarre avec la DESTROYER de KISS, de la brasserie suédoise Krönleins Bryggery, en hommage à leur fameux 4ème album sorti en 1976, comprenant notamment Detroit Rock City.


 
Le verdict ne se fait pas attendre : "c'est d'la flotte !" lance un des convives.

Voilà, tout est dit : le seul intérêt de cette binouze insipide, type pils allemande, c'est de pouvoir la cracher par terre lors d'un bon vieux head-banging.

Et dire qu'elle est baptisée "the hottest beer in the world" par les mecs en charge du marketing. Est-ce à dire qu'elle passe mieux un peu tiède, cette bière de 33cl achetée 2,90 € ?...
 
Bref, aussi excitante qu'une Golf Bon Jovi.


Et quand on sait qu'il y a de très nombreuses brasseries artisanales aux Etats-Unis, je me dis que c'est un peu con de faire appel à une brasserie suédoise...

On passe à la Motörhead Bastards Lager.

 
Bon alors, Lemmy le moustachu, il boit aussi d'la flotte ou bien ?... Va-t-on avoir droit à une bonne vieille british ale ?...

Bah non, toujours en mode pils allemande, ça ressemble comme deux gouttes d'eau à la précédente, en un peu moins pire. Bière de soif aux notes légèrement herbacés, mais bon, pas de quoi slammer...

On z'yeute la contre-étiquette, et on se rend compte, Ô surprise, Ô génie marketing, qu'elle est produite par la même brasserie suédoise que la Kiss !...

Même tarif, 2,90 € (et vu à 3,70 € sur le site saveur-biere.com).

AHAHAHA... ah ah ah... hum...

Ouh, ça commence à me chatouiller par derrière.
 
On passe à la binouze AC/DC.

Alors, let there be rock ou bien ???

 

Première surprise, la contenance de cette canette est de 568 ml.
J'ai envie de vous dire : "WTF?".

Alors, produite en Australie ?... Et non, ce n'est que de la (fuckin') Karlsbraü !!! Mais comme il y a un beau packaging AC/DC, on te la vend 5 € la canette...

Et gustativement alors ?

Bah, je viens de vous le dire, c'est de la Karlsbraü. Le truc que tu ne bois pas, à part si tu es perdu dans le désert australien.

AHAHAH... Ah ah ah... hum...

Bon, on finit avec la Trooper de Maiden.



Fear of the dark. J'ai un peu peur.
 
Et bien non, première bonne surprise : c'est une vraie bitter anglaise, bière ambrée aux notes d'orge maltée, de citron et de miel, avec une bonne amertume, parfaite avec des chips au vinaigre.
 

Elle est le fruit de la collaboration de la brasserie anglaise Robinsons et du chanteur du groupe Bruce Dickinson, grand amateur de bière. Ainsi, pas moins de 3 types de houblons sont utilisés pour son élaboration : bobec, goldings et cascade.

Vendue 4,60 € les 50cl. Et 4,90 € pour le second packaging élaboré en série limité. Moi qui croyait que c'était une autre bière... Enfin, c'est ce que le vendeur m'avait dit : "l'une est blonde et l'autre est ambrée". Et non, ce sont les mêmes !!!...

AHAHAH... Ah ah ah... Hum...

Au total, cela m'aura donc coûté 20,30 €.

Oui, je vous l'accorde, ça fait cher le pack d'eau. Oui, ça chatouille un peu.

Bon, c'est bien gentil, tout ça, mais on va boire de la vraie bière !

Heureusement, il restait une Saison Dupont "Dry Hopping" 2014 au frigo...
 
 
Ah oui, c'est pas pareil...
 
Le premier brassage de la Saison Dry Hopping remonte à 2010. Il s’agit d’une bière blonde de fermentation haute, refermentée en bouteille comme la Saison Dupont traditionnelle. La particularité de cette cuvée spéciale, brassée en quantité limitée, est que le houblon utilisé pour le houblonnage à cru (« dry hopping », technique venue d'Angleterre *) soit différent chaque année. Cette année, trois variétés distinctes de houblon ont été sélectionnées. Pour le houblonnage à cru, les brassins ont été réalisés à partir de la variété Challenger cultivée en Belgique.

Notes de dégustation de leur site internet : "Bière d’un blond cuivré, sèche et désaltérante, à l’amertume soutenue. La Dry Hopping accentue les notes fruitées et florales de la bière. Notre sélection de levures lui confère des arômes et un goût bien typés. La vraie refermentation en bouteille, qui peut se prolonger longtemps dans votre cave, aboutit à une bière complexe et très aromatique".

Je ne saurais mieux dire !

Bref, méfiez-vous du marketing et vive les bonnes bières artisanales (belges, mais pas que) !

Je vous parlerai prochainement des meilleurs brasseries du Nord-Pas de Calais.

Santé, et vive le rock !


* le houblonnage à cru ou dry-hopping consiste à ajouter le houblon hors de la phase d'ébullition, à la fin de la phase de fermentation ou pendant la "garde". L'infusion est longue (de 1 à 15 jours) et s'opère à température ambiante. Ce procédé apporte principalement de l'arôme et pas (ou peu) d'amertume à la bière.



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