Vendredi 17 Mai 2013
Idées reçues et corrigées #4 : il n'y a pas de bons vins en Vendée
C'est pas la mer à boire !...
La preuve, en voici un bon exemple : la cuvée "Les Clous" 2012 de l'excellent Domaine Saint-Nicolas dirigé par Thierry Michon,
Que nenni, ne te méprends donc point, cher(e) lecteur(-trice) ! Rien à voir avec du cabernet franc tourangeau pas mûr. C'est pas du breton, c'est du (fief) vendéen ! Du Fief Vendéen Brem, même, car cette toute jeune AOC (reconnue par l'INAO en 2011, après 20 ans de travail, auparavant classé AOVDQS) compte aujourd'hui 5 crus communaux : Brem, Chantenay, Fix, Mareuil et Pissotte !
"Quoi, mais depuis quand ils font du pif, les vendéens ?" pensent certains (inutile de vous planquer derrière votre écran, les ricaneurs, vous êtes pris en flag' !).
Et bien, depuis près de 12 siècles, comme le précise le site internet des Fiefs Vendéens :
"C’est aux légions romaines que l’on doit l’introduction de la vigne en Vendée. Les Fiefs, ces terres dépendant d’abbayes datent du IXème siècle et se sont imposés sur les parcelles aptes à produire du vin. Le nom de « Fiefs Vendéens » a remplacé celui « d’Anciens Fiefs du Cardinal » qui évoquait le souvenir de Richelieu, l’Evêque de Luçon, ayant selon la tradition apprécié les vins. En effet, Rabelais qui étudie à l’abbaye de Maillezais, puis Richelieu, alors évêque de Luçon, qui fait don aux pauvres des vignobles de son évêché, donnent une impulsion aux vins locaux. Mais son isolement va interdire à la Vendée de bénéficier, comme du reste du littoral, du coup de pouce économique des marchands hollandais. La période troublée de la Révolution et des guerres de Vendée, à laquelle le département paiera un lourd tribu humain, achève de marginaliser ce terroir. La vigne pourtant, saura y subsister, mais pour la seule consommation des paysans".
Après ces méandres de l'Histoire, on assiste depuis quelques années à une belle dynamique des vignerons de cette toute jeune AOC, même si, pour l'heure, peu de domaines ont réussi à se faire connaître réellement dans le monde du vin.S'il en est un qui bénéficie à l'heure actuelle d'une véritable reconnaissance, c'est bien le Domaine Saint-Nicolas de Thierry Michon.
C'est en 1960 que Patrice Michon s'installe à Brem-sur-Mer sur quelques ares de vignes appartenant à son père. Petit à petit il achète des vignes pour augmenter son patrimoine viticole qui atteint aujourd'hui 32 hectares. En 1970, il s'installe à l'Ile-d'Olonne et y construit un chai moderne de vinification. Rejoint en 1984 par ses deux fils, Thierry et Eric, ils vont bouleverser les habitudes vendéennes pour donner à leurs vins une empreinte et un label très particuliers. Ces terroirs composés de sols argileux et schisteux sont cultivés en biodynamie depuis 1995.

Les cépages pinot noir, gamay, cabernet franc et négrette (cépage traditionnel de l'AOC Fronton près de Toulouse) servent à l’élaboration des vins rouges tandis que les cuvées de blanc sont élaborées à partir de chenin, chardonnay et groslot gris cultivés à faible rendement.
Les blancs et les rosés subissent un pressurage pneumatique et une vinification en cuves inox tandis que les vins rouges sont vinifiés en foudres de bois et les cuvées terroir en fûts de 400 et 600 litres. Au final, les cuvées produites sur le domaine sont fruitées, équilibrées et rafraîchissantes tandis que les vins de garde sont amples et concentrés.
Au menu d'une dégustation que j'animais hier, j'ai été à nouveau frappé par la pureté des vins de Thierry Michon.
"Les Clous" 2012, c'est pas la mer à boire... mais c'est quand même sacrément iodé !...
Et c'est plutôt inhabituel en termes d'encépagement puisque composé de chenin (45%), de chardonnay (45%), le tout complété par 10% de groslot gris. Côté rendement, le millésime 2012 fût rude (17 hl/ha).
Rarement il m'a été donné de ressentir avec autant de précision cette impression saline sur un vin blanc. Ne serait-ce qu'au nez, les notes iodées sont omniprésentes et se mêlent magnifiquement avec des arômes fruités voire légèrement mentholés.
En bouche, ça claque, c'est tendu, racé, minéral. La définition même pour moi de ce que j'appelle la "verticalité" dans un vin. Point d'opulence, ici. Mais de la précision et de la droiture. Bref, je surkiffe ce genre de vin blanc. J'aime pas les vins mous, que voulez-vous. J'aime qu'il y ait de la profondeur dans un vin, le côté bling-bling d'un vin bodybuildé m'ennuie très rapidement.
Parfait à l'apéritf pour attiser vos papilles, ce meilleur pote des huîtres saura sublimer votre plateau de fruits de mer !
Inutile de laisser vieillir au fond de la cave, ce type de vin s'apprécie sur la fraîcheur de sa jeunesse. Par contre, je vous invite à découvrir après quelques années de garde ses magnifiques cuvées "Le Poiré" (100% négrette) et "La Grande Pièce" (100% pinot noir, avec beaucoup d'extraction). A l'aveugle au milieu, respectivement, de jolis quilles de Fronton ou de Bourgogne, ça pourrait en surprendre quelques-uns !... ;-)
Bref, open your glass and your mind will follow.
Autre idée reçue et corrigée, le rap, c'est un truc de banlieue urbaine.
Bah non, on en trouve même en Vendée...
"On est des fous, (ouais)
Des ventres à choux
Comme des sapajoux
On débarque sur l'beat
On fout la merde et c'est tout
Fait pas l'caïd, on sait qu't'as les pétoches
Fait pas l'cake, mec, on a la brioche..."
Eric Leblanc
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Mardi 30 Avril 2013
Vendredi du Vin #55 : le vin contre-pied
Sui Generis
Pourquoi iconoclaste, me direz-vous ? Et bien, chers lecteurs, imaginez une barrique de chenin moelleux que l'on aurait laissée tranquille pendant 4 ans... Laissant les levures indigènes dégrader tranquillement une partie des sucres... Tirant la fermentation alcoolique jusqu'au bout du bout... L'échange avec l'air apportant au fur et à mesure des notes oxydatives...
Et vous aurez Sui Generis, un cocktail détonnant à 15,5 %, légèrement tendre, subtilement corsé, ample et sensuel, avec des arômes de cacao, de moka, de vanille, de caramel, de fruits secs et d'épices... La première fois que vous le goûtez, sa double-personnalité "oxydatif/moelleux" vous met un gros kick dans le pif ! "What the f@#k!" vous exclamez-vous (car vous êtes aussi bilingue français/anglais). "Mais où est donc or ni car ?" hurlez-vous, hystérique.
Une fois cette rencontre du 3ème type effectuée, vous commencez à l'amadouer, l'extra-terrestre. "Gentil, E.T. Gentil !"
Et puis, comme vous êtes entremetteur dans l'âme, vous lui trouvez une copine. Genre pommes caramélisées, la copine. Avec de la chantilly, parce que l'on ne vit qu'une fois.
Malheureusement pour vous, bonnes âmes aventurières, le domaine a depuis longtemps écoulé son stock, mais peut-être en trouverez-vous encore chez votre caviste préféré !
Eric Leblanc
- 13:16
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Vendredi 29 Mars 2013
Vendredi du Vin #54 : soyez joueur !
Au bal ! Au bal masqué, ohéohé !... (*)
Bien, revenons-en à nos dégustations à l'aveugle, car c'est bien de cela dont il s'agit en ce vendredi du vin n°54, présidé par la pétillante, la naturelle, la poétesse Anne Graindorge.
La vie étant parfois bien faite, le hasard fît que mes vacances en terres tourangelles et ce thème coïncidèrent, tant et si bien que votre serviteur se rendît chez La Graindorge pour un jeu de devinettes oenologiques !
Avec cette copine facebookienne ligérienne, c'était la première rencontre en "vrai". Le côté sympa quand on a noué des liens "virtuels", c'est que la rencontre se fait du coup de façon extrêmement simple et conviviale. Et côté convivialité, nous avions prévu de quoi faire puisque chacun d'entre nous avait dans la besace 3 vins à faire goûter à l'aveugle à l'autre, 1 bulle, 1 blanc, 1 rouge !
Ce qui était très intéressant dans ce jeu de dégustation à l'aveugle, c'est que, n'ayant pas le même parcours, nous avons l'un et l'autre une manière personnelle et différente d'appréhender un vin à l'aveugle. Nous n'employons pas forcément le même vocabulaire, j'ai un côté plutôt analytique alors qu'Anne est davantage sur un ressenti personnel et intime. Plutôt cérébral d'un côté, davantage dans le sensitif de l'autre, mais tous deux dans un mode très émotif et porté sur l'imaginaire.
Souvent, des clients ou des amis me demandent comment j'arrive à reconnaître des vins à l'aveugle. C'est simple : 1) on ne reconnaît que ce que l'on connaît. 2) quand on ne reconnaît pas, on fait appel à sa culture et on fait par élimination.
Si je vous sers 3 jus de fruits différents, chacun sera capable de distinguer le jus de pomme, du jus d'ananas et du jus de pomme. Si je vous sers 3 eaux minérales, la plupart sera également capable de faire le distinguo entre badoit, évian et contrex.
Et si vous êtes passioné de musique, au bout de quelques notes, vous serez capable d'identifier l'interprête ou le compositeur.
Etant moi-même très mélomane, j'ai la même approche quand je découvre un vin ou que j'entends un morceau de jazz, par exemple. Chaque cépage à des arômes "primaires" qui lui sont propres (la violette et les épices pour la syrah, la cerise et autres petits fruits rouges pour le pinot noir, les agrumes et le bourgeon de cassis pour le sauvignon...), tout comme chaque jazzman a un style, une texture sonore, un phrasé, un son qui lui est propre.
Tel un type d'arrangement à un morceau, le type de sol, la climatologie d'un millésime, le type de vinification choisi apportent des nuances particulières.
Si vous me faîtes écouter des solos de Miles Davis, Chet Baket et Dizzy Gillespie, sauf déficience mentale éclair, je les reconnais sans peine. Tout comme je ferai la différence entre un solo d'Hendrix, Van Halen et Page. Tout simplement parce que j'ai écouté tous ses mecs-là en boucle...
Dans le cas présent, on ne devient "bon" en dégustation à l'aveugle qu'après avoir dégusté (et dégusté encore) des centaines voire des milliers de vins (des millions de vins dans le cas de Patrick Böttcher, qui joue hors catégorie).
Oui, la dégustation à l'aveugle est un sport d'alcoolique compulsif qui s'ignore
Il se trouve que je suis quelqu'un de curieux, j'aime comprendre comment fonctionne les choses. Cela doit être mon côté
Vous pourriez faire la même analyse avec n'importe quelle forme d'art.
Quand je me suis mis à être vraiment amateur de vin, j'ai développé la même curiosité. J'ai tout de suite eu l'envie de comprendre pourquoi un vin avait tel ou tel goût : cela provient-il du ou des cépages ? de la vinification ? du sol ? etc.
C'est pour ça que la dégustation à l'aveugle m'amuse, car c'est ludique. Et que l'on se trompe souvent, c'est bon pour l'humilité. Bref, plus tu découvres, et plus tu te rends compte que tu n'y connais que dalle !
Après, quand on veut progresser à ce jeu-là, il y a un peu de méthodologie d'analyse sensorielle à acquérir (mais je vous épargnerai un cours magistral, vous trouverez sur le net ou en librairie de très nombreux ouvrages en la matière), et surtout beaucoup de pratique !
Pour moi, un vin, c'est toujours un bonhomme. L'acidité, c'est la colonne vertébrale. Après, ce bonhomme, il a plus ou moins de chair. Il se tient droit ou il est plus voûté. Il est costaud ou il est fluet. Il est paré d'habits de lumière ou fringué comme un clodo. Et caetera.
Chose intéressante dont on parle rarement, c'est le "toucher de bouche". La texture du vin. Plus j'avance dans mon apprentissage des vins, plus cet aspect-là me fascine.
Mais revenons-en donc pour la seconde fois à nos moutons !
Attablés, la partie commença (je ne vais commenter que les vins que j'ai moi-même goûtés, vous retrouverez sur le blog d'Anne Graindorge ceux que je lui ai fait dégustés).
Première bulle servie par Anne.
Robe dorée aux reflets gris, fine effervescence. Un nez très expressif, ouvert sur des notes de fruits secs (amande) et de fruits à pépin, avec une trame minérale, crayeuse, légèrement fumée. En bouche, l'attaque est franche, avec beaucoup de tension et une finale très salivante. C'est très droit, mais pas que. Il y a vraiment du vin derrière, tout en étant très aérien. Il y a de l'amande, et des fruits jaunes dorés au soleil. C'est très mûr, on a l'impression de marcher dans une vignes qui pousse sur de la rocaille chauffée à blanc par le soleil. Et on a un très grand panorama. Oui, ce vin-là, il appelle les grands espaces. On est pas étriqué, on respire à plein poumon.
Avant même d'avoir goûté, juste au nez, j'étais parti directement en Champagne sur un monocépage. Et indéniablement, cela ne pouvait pas être du chardonnay, on était vraiment sur l'aspect fruit d'un pinot. Tellement peu habitué à boire des 100% pinot meunier, je proposais d'emblée un 100% pinot noir brut ou extra-brut.
Champagne 100% pinot, oui. Mais meunier, bien sûr ! Pour ceux qui connaissent bien les vins de Champagne, les notes d'amande, de fumée et de fruits sont en effet caractéristiques de ce cépage. Elaboré par un tout jeune type qui fera sûrement parler de lui, Pierre Charlot.
Second vin, blanc cette fois.
Au premier nez, aucun doute. Les notes de bourgeon de cassis indiquent directement le cépage : sauvignon blanc. On perçoit des notes crayeuses également. On sent du volume derrière, on n'est pas sur un Touraine Sauvignon fluet, à l'éxubérance aromatique, qui pousse sur les sables de Sologne. On n'a pas non plus un profil minéral du type Sancerre ou Pouilly-Fumé. Je goûte, c'est très bon. Equilibré, rond tout en ayant de la fraîcheur, avec une jolie amertume en finale. J'imagine un terroir argilo-calcaire, bien exposé. Impossible que cela soit un Saint-Bris. On ne peut pas être à Bordeaux non plus. Alors quoi, une bizarrerie sortie du Languedoc ? Non, je n'imagine pas que cela puisse être ailleurs que dans le Val de Loire... ET JE NE TROUVE PAS OU
Evidemment, c'était un piège. Le vin est produit juste à côté. C'est bien un Touraine Sauvignon, mais produit à Chinon, par l'excellent (et non suffisamment mis en lumière sur le web) Marc PLOUZEAU (Château de la Bonnelière) ! Si vous ne connaissez déjà, ces vins de Chinon sont à découvrir impérativement !
Dernier vin, rouge pour finir.
Je sens à nouveau l'entourloupe. Nez de fruits rouges confits, avec un peu de fruits noirs (confiture de mûre encore chaude), de la réglisse, c'est terreux, limite cèdre et bois de santal. Très solaire aussi, on sent la chaleur du sol qui vous monte au nez. Très kirsché aussi. Déjà plus vieux. En bouche, on retrouve les mêmes notes. Le vin envoie des watts, ça en a sous le moteur. Finale un peu alcoolique et très épicé. C'est un millésime solaire, c'est évident. C'est tellement chaleureux que cela me fait penser à certains bandols. Je sais que ce n'est pas ça pourtant. Ce n'est pas de la mourvèdre, pas de la syrah non plus ni de la grenache. Monocépage, c'est sûr. Mais pas non plus un cabernet, assurément pas un pinot ou un gamay. Et je connais ces arômes par coeur. Des vins comme ça, j'en ai bu des centaines. C'est tellement évident que je ne trouve pas !
La quille sortie de nulle part, un
J'avais pas tort sur les watts, le vin titre effectivement à 14,5° !
Comme il sort les vins quand ils les considèrent prêts, le dernier millésime à l'achat est le 2008.
Une très belle journée, une magnifique rencontre humaine, de jolis vins dégustés. Et si c'était ça, la définition du bonheur, finalement...
Le bonheur, c'est aussi d'écouter ce merveilleux morceau interprété par Bebo et Chucho Valdes, le père et le fils, qui ne s'était alors pas vu depuis des décennies... Ecoutez comme le fils, tout en retenue et respect, laisse son père prendre le premier chorus... Bebo s'est éteint le 22 mars dernier à Stockholm. Un des plus grands pianistes du 20ème siècle nous a quittés. Dédicace à Claude, le mari d'Anne.
Eric Leblanc
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Vendredi 22 Mars 2013
Les bulles magiques de Vigneau-Chevreau
"Je resjois les cuers !"
Néanmoins, une fois nommé une dizaine de domaines à découvrir impérativement, je ne peux que regretter le manque de dynamisme global de cette appellation, comparativement à sa rivale de Montlouis (NB : avant 1953, et la création de l'AOC Montlouis sur Loire, ces vins étaient vendus sous l'AOC Vouvray). Alors que l'AOC Vouvray compte plus de 2 000 hectares (contre environ 400 ha de l'autre côté du fleuve), force est de constater un certain immobilisme rive nord, comparativement à la montée qualitative des vins de Montlouis depuis 20 ans (alors que les terroirs y sont souvent moins bons...).
Ceci étant dit, ce billet n'a pas vocation à faire le procès de cette appellation chère à mon coeur et à celui de Balzac - bien que sous-exploitée (ou sur-exploitée par certains...) - mais plutôt de vous parler d'un domaine vouvrillon dont on n'entend jamais parler sur Internet, et que l'on ne retrouve que rarement chez son caviste préféré.
Et pourtant, le Domaine Vigneau-Chevreau, puisque c'est de lui dont il s'agit, propose, du point de vue de l'auteur de ces lignes, les meilleurs rapports qualité-prix à Vouvray, en particulier pour les vins effervescents !
Créé en 1875, ce domaine situé à Chançay, au coeur de l'appellation, est passé de 5 à 28 hectares, cultivés intégralement en biodynamie depuis 1995.
Répartis sur plusieurs communes, les vignes sont situées sur les sols typiques de l'appellation vouvrillonne : les "aubuis" (argilo-calcaires qui reposent directement sur le tuffeau, favorables à la production de vins 1/2 secs et moelleux) et les "perruches" (argilo-siliceux qui comportent des silex en surface, qui donnent généralement beaucoup de minéralité au vin).
Le domaine cultive notamment depuis 1995 le Clos de Rougemont, terroir historique de l'Abbaye de Marmoutier au nord-est de Tours, fondé par Saint-Martin en 372. Car le saint homme ne fût pas que missionnaire de la foi mais aussi vigneron ! Selon la légende, c'est à ce dernier que l'on attribue l'acclimatation du raisin sauvage de la forêt tourangelle, ainsi que la greffe du chenin noir (pineau d'aunis) à partir du chenin sauvage, qui aboutit au chenin blanc (appelé également pineau de la Loire). C'est donc au Clos Rougemont que le saint tourangeau fît planter de la vigne pour servir de médecines aux malades et aux vieillards.

Au début du deuxième millénaire, Marmoutier était devenu une des plus grandes abbayes d'Europe occidentale. Nombreux furent les chrétiens de renom (papes et rois) à venir visiter l'abbaye et sa vénérable vigne plantée par Saint-Martin et entourée d'un vignoble florissant sur les coteaux de la Loire aux vallées vouvrillonnes. La révolution française porta un coup fatal à l'Abbaye qui se délabrait déjà durant le siècle des lumières. L'attaque du phylloxéra à la fin du XiXème scella l'histoire de la vigne de Saint-Martin qui tomba dans l'oubli et fût abandonné pendant 2 siècles. Jusqu'à ce que le Comité Interprofessionnel des Vins de Touraine et la Ville de Tours (propriétaire du site) lancèrent un appel à candidature pour refaire vivre ce terroir historique. C'est ainsi que le Domaine Vigneau-Chevreau obtint la concession par bail amphythéotique de 50 ans du Clos Rougemont, avec la ferme intention d'y produire des vins "tranquilles" d'exception. Pour ce faire, ils plantèrent 1 600 francs de pied (ceps non greffés sur des porte-greffes américains) et 10 000 pieds greffés provenant d'une sélection massale dans leurs meilleurs vignes.
Il est actuellement dirigé par Christophe et Stéphane Vigneau, la 5ème génération de vignerons sur ce domaine familial, le premier s'occupant principalement du vignoble et des vinifications, et le second, de la partie commerciale et de l'accueil - Ô combien chaleureux et pédagogique - au domaine.

Le domaine a toujours privilégié sa clientèle particulière qui représente 60% et développé ces dernières années le marché export (25-30%), le circuit cavistes/restaurateurs ne représentant donc que 10-15%. Ce qui peut donc expliquer ce tout relatif manque de notoriété. C'est donc une des (très) bonnes adresses que l'on se passe entre autochtones amateurs de chenin ! Ceci est donc un caftage en bonne et due forme ! ;-)
Le domaine produit tous les types de vins blancs vouvrillons, des effervescents aux plus liquoreux, avec une spécialisation sur les premiers. C'est en effet l'un des rares domaines à Vouvray qui maîtrise l'ensemble du processus d'élaboration de ses vins effervescents, contrairement au 3/4 des vignerons de l'appellation qui font appel à un élaborateur.
NB : pour avoir été dans le jury des bulles brut et extra-brut de Vouvray pour le Guide Hachette 2013, je confirme que 80% des vins dégustés à l'aveugle avaient précisément le même goût et le même type d'effervescence... Sans défaut mais sans grande qualité non plus... Pour la plupart, parfaitement indignes de leur AOC...
Autre spécifité, le domaine élabore à la fois des vins pétillants (2,5 barres / litre) et des vins mousseux (5 barres / litre), déclinés en extra-brut, brut et 1/2 sec. J'aime particulièrement leur pétillant brut, typique de l'appellation, qui présentent davantage de vinosité. Ce dernier est réalisé à partir de raisins titrant entre 12,5° et 13° selon les millésimes, qui ont donc parfaitement atteints leur maturité phénolique : après une légère filtration du vin tranquille contenant encore des sucres résiduels, on ajoute simplement des levures pour la prise de mousse en bouteille.
Et comme le chenin, ça a de l'acidité, la fraîcheur et la tension minérale sont au rendez-vous !
Au nez, les arômes de poire et de coing typiques du chenin, auxquelles se mêlent des notes mentholées et de pierre à fusil explosent. En bouche, c'est tendu, c'est net, c'est salin, c'est salivant. Bref, du très bel ouvrage à seulement 7 € TTC la bouteille !
Oui, oui, vous lisez bien... ;-)
Quand je pense aux bulles "vertes" et grossières que certains champenois osent vendre à 15-20 € la quille, à partir de "raisins-petit-pois", de beaucoup de sucre de betterave et d'un temps de latte allongé pour cacher la misère, permettez-moi de sourire...
Les vins tranquilles sont tout aussi délicieux, en particulier les Clos de Rougemont sec, avec également d'excellents rapports qualité-prix : vins secs et 1/2 secs entre 7 € et 8,30 €, moelleux à partir de 15 €.
Si vous êtes de passage en Touraine, je vous conseille donc vivement une visite guidée par Stéphane Vigneau dans leurs caves labyrinthiques creusées dans le tuffeau !
Domaine Vigneau-Chevreau
4 rue du Clos Baglin
Vallée de Vaux - Chançay
37210 VOUVRAY
02 47 52 93 22
contact@vigneau-chevreau.com
Eric Leblanc
- 11:04
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Vendredi 22 Février 2013
Vendredi du Vin #53 : Orange Mécanique
Mes drougs et moi, à la recherche de l'orange bleue
Mon brouko gargouille, j'ai les tripouilles qui crient famine et les zoobies du fond qui baignent encore !... Je chausse mes touflasques et descend à la cuisine me préparer une bonne chascha de tché. Et une bonne vieille symphonie de Ludvig Van pour me réveiller !
Tandis que la 5ème commence, Ô magistrale oeuvre, j'étale la conficonfioote sur une grosse tranche de kleb.
A court de synthémesc, la manque de drogue se faisait sentir. Assoifés, nous voulions de l'orange bleue, la dernière boisson hallucinogène à la mode !!!
Oh ça, on a bien gobeloter à La Capsule, on s'en envoyé quelques unes dans le cluve !
A court de tilt, on rentra à la domie en état de manque sérieux, sans avoir trouvé l'orange bleue !...
Et c'est là que revint à mon rassoudok que j'avais koupté de quoi remplacer allègrement l'orange bleue et la synthémesc !
Mes drougs et moi, on l'a bien gobelotée !
Notes de l'auteur :
Alors que je m'attendais à un vin sec, je découvrir un vin avec du sakar résiduel, fruit d'un millésime chaud sur ce sublime terroir classé en Grand Cru (complanté avec tous les cépages alsaciens). Au nez, le riesling et ses notes pétrolées dominaient, tandis que des arômes d'agrumes (clémentine, citron) s'élevaient, majesteuses, à l'aération. En rote, l'équilibre sucre/acidité était parfait, ça gobelotait joyeusement, ça fretillait sur la yachzik !
Eric Leblanc
- 17:41
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Jeudi 14 Février 2013
VdV#52 : une belle collecte de billets solidaires !
Je vous l'avoue, j'avais un peu peur de la réaction générale. Je craignais quelques commentaires railleurs, quelques poncifs dogmatiques... tant l'espace internet me paraît être aujourd'hui le lieu privilégié des guerres de chapelles et de l'étalage d'idées reçues, d'affirmations péremptoires sur le vin - y compris venant de gens qui n'ont jamais vu un cep de vignes - postées ou tweetées bien à l'abri derrière son écran, en pantoufle en train de caresser le chat ou madame.
J'avais envie que l'on me parle d'idéaux, de militantisme, d'esprit collectif, de belles histoires humaines. Parce que oui, le vin, c'est fait par des hommes et des femmes. Qu'être vigneron, c'est compliqué. Bien plus compliqué que l'image rêvée que certains citadins se font du "retour à la terre" (excellent BD de Manu Larcenet, au demeurant). Qu'une bouteille de vin, c'est de la sueur et parfois des larmes. On ne vendange pas en marcel et en tongues tous les ans...
J'avais aussi envie que l'on prenne de la hauteur, que l'on reparte à la base, qu'il y ait de la mise en perspective.
Je vous le dis sincèrement, chers camarades, j'ai été ému devant tant d'ouverture d'esprit, de curiosité et de hauteur de vue !
Tandis que certains furent pris au début d'une certaine circonspection avant de finalement trouver l'inspiration, d'autres manifestèrent dès l'annonce du thème un enthousiasme qui ne s'est jamais démenti. Une dernière enfin - jamais la dernière en l'occurence pour se faire remarquer - prouva d'une manière étincelante, dans le fond et dans la forme, que l'on peut partir de rien et arriver au sommet.
Premier arrivé sur la barricade, Rémy Bousquet nous gratifia de deux illustrations. Une classe. Et une autre.
Comme je suis français, et que les français adôÔôrent mettre des étiquettes (pas toujours éthique) et mettre les gens et les choses dans des cases, j'ai choisi de manière parfaitement péremptoire et autocratique de vous regrouper par profil sociologique. M'enfin, loin de moi l'idée de jeter la pierre à Bourdieu... Aimait-il seulement le Morgon d'ailleurs ? Enfin, arrêtons les divagations, je suis à la bourre... et laissons Dieu en-dehors de tout ça... Au final, cette classification n'a de toute façon aucun sens, dans le sens, justement, où chaque article pourrait rentrer dans toutes les catégories... Voilà, c'était le paragraphe "no reason".
Les Solidaires
Le premier caftage (à lire sur la page facebook) nous vient de Franck Kukuk, l'homme aux trois K qui kiffe le Domaine de l'R. Ce dernier nous sert, à défaut d'un gros bol, une bonne rasade d'initiative solidaire en nous parlant des Vinifilles, groupe de vigneronnes languedociennes qui, d'air, n'ont pas l'air d'en manquer. Cafteur dans l'âme, Franck partage également avec nous cette vidéo, ou l'histoire d'une belle solidarité entre vignerons :
Cette histoire de solidarité vigneronne, c'est justement ce que nous conte Catherine, du blog Une Femme, des Vins. Après que Raymond de Villeneuve, du Château de Roquefort en Provence, ait perdu toute sa récolte suite à une forte grêle le 1er juillet 2012, une incroyable chaîne de solidarité s'est en effet mise en place ! Pas moins de 35 vignerons de la vallée du Rhône et de Provence ont apporté en moûts, en raisins ou en vin l'équivalent de 522 hl, pour permettre à Raimond de Villeneuve de produire un vin rosé et un vin rouge. Pour information, la cuvée "Grêle 2012" sera disponible à partir d'avril 2013 !
Nathalie Merceron nous administre, quant à elle, une bonne dose de Sang Neuf : à la lecture de son billet, on s'prendrait bien une bonne lampée de cette "cuvée collaborative", créée par l'Association des Jeunes Vignerons de Gigondas, dans laquelle chacun apporte 20 litres de sa plus belle cuvée. Un Gigondas convivial, pour resserer les liens d'amitiés, c'est pas génial, ça ?!
Les VdV s'internationalisent avec cette contribution en anglais du blogueur vin Allemand Christian Schiller. Ou l'histoire d'une cuvée produite par deux vignerons assez réputés de la ville de Hochheim dans le Rheingau et vendue au profit de l'association locale "Gegenwind" (vent contraire), qui essaye de défendre la région contre les menaces en bruit par les pistes et voies d’atterrissage de plus en plus gourmandes en espace et émettrices de bruits, qu'il voient comme menace au bien-être et à la prospérité de leur région. Donc un vin fait "à deux"=coopératif, qui est au même temps un geste solidaire dans un intérêt collectif. (merci à Iris pour la traduction)
Les Passeurs
Doc Adn nous propose une escapade au Domaine de la Pépière, où il est question de passage de témoin entre Marc Ollivier, le "sorcier de Loire-Atlantique", et Rémi Branger... de transmission et d'innovation entre 2 hommes, 2 générations, un barbu et un glabre, qui façonnent à quatre mains des Muscadets d'exception, qui "meursaultent" joyeusement ! Comme quoi, "1+1 =3". Merci pour le clin d'oeil au poète belge.
Philippe Rapiteau, atteint d'une inspiration de dernière minute ("était-ce Dieu, était-ce le Diable" chantait Barbara), nous entraîne également en Loire-Atlantique, terre de renouveau de grands vins blancs, à la découverte de la cuvée "Taurus" de Guy Bossard et Frédéric Niger Van Herck et son étiquette représentant un vitrail de la cathédrale de Chartres. N'en déplaise à Lucifer!...
Isabelle Perraud nous parle d'une "nénette formidable", Anne Paillet, et de ses vins. De son parcour des tours de la Défense à la vinification de raisins de Christophe Beau (Domaine Beau Thorey), encore une belle histoire de transmission (de raisins, mais pas que)...
Les Coopératifs
Michel Smith nous raconte combien il "admire l'oeuvre collective, celle qui est le quotidien d'un simple domaine viticole", en nous livrant un véritable cri du coeur. CQFD. Merci beaucoup, Michel.
Jacques Berthomeau, quant à lui, nous conte la génèse du mouvement coopératif viticole, aidé en cela par les belles plumes de Charles Gide et Bernard Halévy. Un retour aux sources aussi éclairant qu'émouvant.
Olivier Lebaron nous dresse justement le portrait d'Aurélie Pereira, "vigneronne en appellation d'origine à la Cave de Maury". Ou l'itinéraire d'une jeune vigneronne qui a choisi de son propre chef d'apporter son énergie au projet commun. Olivier nous rappelle par là-même le rôle de développement local et de transmission intergénérationnelle d'une structure coopérative. "La vigne est une ligne de vie indispensable".
Antoon Jeantet-Laurent, de passage dans le Rhône en ce vendredi du vin, nous fait partager un coup de coeur : la cuvée Coeur de Rochevine, produite par la Cave de Saint-Désirat, issue d'une sélection rigoureuse de parcelles de Syrah sur l'AOC Saint-Joseph : 6 parcelles de 2,6 ha au total, situées entre 150 et 300 m d'altitude, 1 kg de raisin ramassé par cep, 7006 bouteilles, 12 mois de barriques neuves. Y' a plus qu'à servir ça sur une daube de boeuf !
Laurent, du blog Vins Confédérés, rejoint la mêlée des VdV, en nous parlant de vins issus de caves coopératives suisses, prouvant par la même occasion qu'à Cortaillod, les vins du Diable n'ont rien de sardonique !
D'esprit rugbystique, il en est question dans le billet de Vincent Pousson. Et cela ne manque pas d'esprit ni de souffle lyrique (esprit du vent, es-tu là ?) quand l'une des plus belles plumes de la toile (si, si, j'insiste) nous parle de "SA" cave. Qui mieux que lui pouvait nous parler d'Embres & Castelmaure ?... Et là encore, "1+1+1+1+1+... = 169 (habitants d'un bled perdu dont le vin est le sang) = (N°)3".
Entre une restauratrice et un vigneron, le vin peut également être coopératif : c'est ce que nous expose si bien Sylvie Cadio sur la page facebook... "ce n'est pas un travail à quatre mains, c'est un plaisir à deux coeurs"... Ou quand l'humain est remis à sa place. Au centre.
Les Fraternels
Attention, le vin peut (R)assembler, nous conte Olif..! (R)assembler, c'est un vin collectif, le projet un peu fou de Renaud Berthoud, du Mazet des Croses, une vente en souscription d'un genre nouveau : impliquer les participants à l'élaboration du vin qu'ils ont pré-acheté.
Laurent Baraou nous parle du caviste Bruno Besson et de son Vin de Ouf, ou les joies et mésaventures de la micro-vinification, à partir notamment de ceps de vignes offerts par des vignerons amis. Quand il aura fait le tour des "alter-vignerons", Laurent pourrait bien se lancer un jour dans la biographie officielle de sommelier-cavistes... ;-)
Autre caftage solidaire, Anne Graindorge, scout devant l'éternel, mais surtout conteuse hors pair, nous narre l'aventure de 3 mecs dans le vent et dans le vin jusqu'aux genoux voire jusqu'au cou, rassemblés sous la bannière du Domaine Alcofribas, un beau projet soutenu par de nombreux souscripteurs qui n'hésitent à s'armer du sécateur et à tirer les bois. Pour sûr que Rabelais aurait adoré ces vins !
Quand un groupe d'amis fondé grâce aux Vendredis du Vin parle de coopération, ça donne un billet fleuve de Patrick Böttcher (du caftage d'initiatives solidaires, en veux-tu, en voilà) ! Encore une dégustation d'anthologie, qui donne envie à chaque lecteur de venir lever du coude en compagnie de cette assemblée fraternelle ! Encore ravi que ce thème ait été le prétexte à pareil hédonisme ! Perso, j'ai encore les dents du fond qui baigne à lire sa prose...
Et quand Sandrine Goeyvaerts n'a pas d'idée, ça donne un billet tout aussi improbable que génial. Ou il est question de moufles, d'une contrée d'Inde lointaine nommée Kamshatka, et au final du Clos des Zouaves : 1000 pieds d'un improbable cépage, le régent (croisement entre diana et chambourcin), plantés à Thuin en Belgique. Un projet dingo né de la volonté d'un distillateur un peu fou de redonner vie aux jardins suspendus de la commune, en associant à l'ouvrage de nombreuses personnes ayant décrochées du monde du travail.
Merci à toutes et à tous pour ces jolis billets solidaires ! Une pensée pour notre Iris préférée, modeste et géniale secrétaire perpétuelle des Vendredis du Vin.
Et en février 2013, qu'on se le dise, vous en verrez de toutes les couleurs avec le thème de Sandrine, enfin de toutes les nuances d'ORANGE !
Eric Leblanc
- 16:37
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