Dans la famille Noirien, je demande le Père... Version imprimable


 
 
Le mois dernier, au Club AOC (Association Oenologie et Culture), le fabuleux cépage pinot noir fût à l'honneur. Pour cette dégustation comparative, nous avions décidé de ne proposer que des vins issus de la partie septentrionale de la France : depuis sa Bourgogne natale jusqu'aux portes de l'Atlantique en Vendée, en passant par le vignoble du Centre-Loire.

Car si nous avions voulu représenter ses innombrables facettes, la dégustation eut été interminable, tant ce cépage a traversé les frontières, pour être planté aujourd'hui dans un grand nombre de pays, sur tous les continents.

Revenons-en justement à ses origines bourguignonnes : il semblerait que ce soit les romains qui sélectionnèrent des vignes sauvages et les cultivèrent dans cette partie de la Gaulle occupée. Ce cépage romain antique se nommait l'Allobrogica. Il fallut attendre le Moyen-Âge pour qu'il connaisse un essort et une diffusion, via les Monastères, dans les régions alors d'influence germanique : Allemagne (+ de 11 000 ha aujourd'hui), Suisse, Autriche, Alsace, Roumanie...

Dans une deuxième phase, il fût introduit dans les pays dits du "Nouveau Monde" via l'émigration germanique : USA (Oregon, Californie, Long Island), Canada (Ontario), Nouvelle-Zélande, Australie.

En France, on en retrouve, outre la Bourgogne, dans le Val de Loire (Cher, Indre, Loire-et-Cher, Loiret, Allier, Vendée), en Alsace, en Champagne, dans le Jura et dans le Languedoc.

D'un point de vue cultural, ce cépage nécessite un terroir qui affaiblit sa vigueur, il est sensible aux maladies (mildiou, pourriture grise, cicadelle). Il donne généralement des vins d'une rouge ruby, Ses baies, d’un noir légèrement bleuté sont petites et serrées. Elles donnent un jus incolore et sucré. On y décèle des notes de fruits rouges (cerise sous toutes ses formes, framboise, fraise, groseille...) et noirs (cassis). En évoluant dans le temps, les vins peuvent présenter des arômes de rose fânée, de réglisse, de pruneau, des notes fumées, animales, gibier, cuir...

Véritable "éponge à terroir", il existe autant de vins que de lieux qui l'ont vu naître, ce qui en fait tout son charme, et celui des vins de Bourgogne en particulier, où il règne en maître.

Voici quelques exemples, comme autant de facettes de ce divin cépage...
 
 
On débute notre périple en partant de Westhoffen, petite bourgade "capitale de la cerise" alsacienne située à 25kms à l'Ouest de Strasbourg, au Domaine Loew, précisément.

Héritier d'une famille de vignerons présents à Westhoffen depuis le XVIIIème siècle, Caroline et Etienne Loew ont repris en 1996 le domaine de 6,5 hectares, dont une parcelle de Grand Cru Altenberg de Bergbieten et des vignes sur le coteau très qualitatif de Bruderbach (auparavant, les parents d'Etienne étaient coopérateurs). Devenus vignerons indépendants, ils convertissent le domaine à l'agriculture biologique et biodynamique en 2009. C'est aujourd'hui l'une des étoiles montantes du vignoble alsacien.

Dégustation : nez précis et élégant sur les fruits rouges (framboise, fraise, cerise), notes fumées. En bouche, on retrouve les mêmes arômes, soulignés par une belle minéralité. Le vin est fin et très digeste, avec une finale qui fait ressortir des notes poivrées.
 
 
Le Domaine Amiot-Servelle est aujourd'hui dirigé par Elisabeth et Christian Amiot. Leurs terroirs sont principalement situés sur les meilleurs premiers crus de Chambolle-Musigny, avec une petite extension dans le Clos de Vougeot voisin, rendus célèbres par les moines cisterciens. Les vignes sont cultivés en lutte raisonnée jusqu'à 2003, puis en bio à partir de cette époque (début de certification en 2008). Ce Chambolle-Musigny provient de raisins issus de 8 parcelles de sols divers. Il a été élevé 18 mois en fûts (dont 20 à 30% de chêne neuf).

Dégustation : le vin est solaire et concentré, sur un registre empyreumatique (cacao, cuir). Pas de doute, on est bien 2009, années solaire en Bourgogne. Certaine puissance et belle longueur.
 
 
Nous voici arrivés en Centre-Loire, dans le Cher au Domaine Vacheron, pour vous parler de la cuvée "Belle Dame" 2010, élaborée par Jean-Dominique et Jean-Laurent Vacheron. Ce domaine fait partie de l'élite à Sancerre, et fût le premier à être certifié en biodynamie en 2006. 

Cette cuvée fût classée "2ème meilleur vin rouge de Loire 2010" par la Revue du Vin de France.

  
Dégustation : Finesse, arômes de griotte et notes fumées. Minéralité +++. Indéniablement l'un de mes coups de coeur de la soirée !
 
 
L'invitée de la soirée fût cette bouteille de Pommard "Les Vignots" du Domaine Chantal Lescure, rapportée par l'un des convives. 

Fondé en 1975 par Chantal Lescure et Xavier Machard de Gramont à Nuits-Saint-Georges, il appartient désormais à leurs deux fils, Thibault et Aymeric Machard de Gramont. Ce domaine de 18 hectares produit des vins bio dans de nombreuses appellations de la Côte de Beaune et de la Côte de Nuits. François Chavériat est engagé comme maître de chai en 1997 et oriente le domaine vers le bio dès sa prise de fonction. 

Dégustation : nez superbe et ouvert aromatiquement mêlant puissance et finesse aromatique, tout à fait caractéristique d'un Pommard. En bouche, même topo. Bref, très joli flacon.
 

Placer un Givry 1er cru après un Pommard, c'est un peu osé, mais ça se tente (vu le niveau de la sélection, l'ordre n'était pas si évident à définir, d'autant que je voulais alterner si possible la Bourgogne et les autres appellations) ! Finalement, c'est passé comme une lettre à la poste.

Après la Cote de Nuits et la Côte de Beaune, nous voici donc rendus en Côte Chalonnaise, dans l'un des domaines les plus fameux de Givry, chez Jean-Marc et Vincent JOBLOT.

A Givry, et nul part ailleurs, puisque les 14 hectares du domaine sont tous plantés (à 11 000 pieds / ha) sur la commune. Le Clos de la Servoisine fait partie des climats classés en 1er cru les plus connus, avec le Clos du Cellier aux Moines (mais plus calcaire que ce dernier).

Dégustation : moins de matière et de structure tannique que le précédent, forcément, mais quel équilibre (et déjà si agréable à boire) !
 

Avec le vin suivant, on change radicalement de région et de registre ! Nous voici transportés à l'Ile d'Olonne au Domaine Saint-Nicolas de Thierry Michon, figure incontournable de la jeune AOC Fiefs Vendéens. Créé en 1960, il fut repris par Thierry qui le convertît à l'agriculture biodynamique dès 1995. Il compte aujourd'hui 32 hectares de chenin, chardonnay, groslot gris, gamay, cabernet franc, négrette et... pinot noir.

Cette "Grande Pièce" 2010 est issue de vignes d'environ 25 ans, plantés sur des sols schisteux sur des légers coteaux exposés sud-ouest. Rendements : 25 hl/ha. Egrappage à 80%. Macération en cuve bois ouverte pendant 14 jours. Elevage en double barrique neuve sur 15 mois.

Dégustation : ça, c'est pour la partie technique, mais dans le verre, ça raconte quoi ? En premier lieu, c'est la robe sombre du vin qui frappe : on est bien loin du rouge ruby ! Au nez, on ressent la concentration du vin, dans un mélange de fruits noirs, de réglisse et d'épices. Arômes que l'on ressent en suite gustativement. C'est bien simple, à chaque fois que j'ai eu l'occasion d'en boire, j'ai été "déstabilisé" par la puissance et la concentration de ce vin, tellement on est loin des standards bourguignons. Bref, en un mot, un vin ATYPIQUE ! Et somptueux qui ne demande qu'à patienter tranquillement en cave pour vous donner le meilleur... (NB : c'était déjà très bon en 2010, après un passage en carafe, mais ça ressemblait quand même un peu à un infanticide tant ce vin est promis à un bel avenir)
 

Retour en Côte de Beaune pour s'attaque à l'un des domaines phares de Volnay, à savoir la Pousse d'Or ! Disons-le tout net, avec ce vin, on passe un cran à la fois tarifaire (environ 75 €, soit plus du double de la moyenne des autres vins) et qualitatif (encore heureux, me direz-vous) !

Selon la légende, ce domaine remonterait aux moins aux Ducs de Bourgogne et ses vins seraient même connus depuis le IVème siècle ! Ce sont les familles de Chavigné et de Lavoreille qui jettent les bases de sa forme actuelle en 1954. A l'époque, il se trouvait à Santenay, avant qu'il n'émigre vers Volnay dix ans plus tard, au moment de la revente aux familles Ferté, Potel et Seysses ; date à laquelle ils rachètent la fameuse maison qui orne le flanc du village au-dessus du Clos d'Audignac, appartenant alors à l'évéché de Dijon.

Le domaine acquiert sa réputation internationale durant la période de 1964 à 1997, sous la gérance de Gérard Potel, avant qu'il ne soit repris par Patrick Landanger, l'actuel propriétaire, ancien industriel passé de l'équipement chirurgical à la vigne.

Aujourd'hui, les 18 hectares sont conduits selon les principes de l'agriculture biologique, bien que le domaine ne soit pas certifié. Le domaine produit environ 90 000 bouteilles, principalement des 1ers Crus et Grands Crus, à l'instar de (attention, roulements de tambour) : Clos de la Roche (Morey-Saint-Denis), Bonnes-Mares et Les Amoureuses (Chambolle-Musigny), Clos du Roi et Bressands sur le GC Corton, 4 premiers crus à Volnay, dont 3 monopoles (Clos de la Pousse d'Or, Clos des 60 ouvrées et Clos d'Audignac)... Bref, vous avez compris : ça envoie du gros.

Les vins sont vinifiés lentement, le plus naturellement possible et élevés 18 mois en fûts, dont environ 30% de bois neuf.

Le Clos d'Audignac mesure 0,80 ha. C'est un terroir de marnes et d'éboulis calcaires orientés nord-est. Les vignes ont été plantées en 1966.

Dégustation : comment vous dire, j'ai juste marqué "EXCEPTIONNEL !". Voilà, un moment, il faut se taire, arrêter d'intellectualiser la chose, poser le stylo et profiter de l'instant présent. Ce que j'ai fait, vous pouvez me croire !

Bref, c'est aussi ça l'intérêt de rejoindre un club de dégustation : boire des vins hors de prix que l'on ne s'achèterait jamais.
 


On termine cette jolie dégustation avec eul' copain Minchin, Bertrand de son prénom, le "Magicien du Berry" comme l'avait surnommé Marthe du blog l'Actu du Vin, après une visite au domaine.

Bertrand, c'est un gars super, gentil comme tout, avec des chemises de toutes les couleurs. J'ai eu le plaisir de l'assister sur son stand au dernier Salon des Vignerons Indépendants de Lille. Vous l'aurez compris, j'aime le personnage ET ses vins. Ce qui n'est pas toujours le cas, soit dit en passant.

Bertrand, il a deux domaines, l'un en AOC Ménetou-Salon, sur le cru Morogues : la Tour Saint-Martin. L'autre en AOC Valençay et Touraine : le Claux Delorme.

Bertrand, il a également des enfants, dont Célestin et Honorine, prénoms dont il a baptisé ses grandes cuvées en rouge et blanc. C'est donc la cuvée Célestin sur le millésime 2005 qui vint clore cette soirée.

Dégustation : bon, c'était un pari de passer derrière le monstre précédent, mais ce Ménetou-Salon de haute volée le fît avec panache, sur un registre tertiaire tout en subtilité, sans pour autant rivaliser avec son illustre cousin bourguignon. C'était en tout cas intéressant de goûter un vin de 10 ans d'âge de cette appellation, même si du coup, je préfère son profil âgé de 4-6 ans.
 
Conclusion : un joli panel de pinots noirs septentrionaux, un niveau très élevé et homogène (dans une fourchette de prix allant de 13 € à 75 €) et surtout une singularité de chaque vin proposé tout à fait passionnante. En termes de rapport qualité-prix, le vin du Domaine Loew a bluffé tout le monde (13 €). D'un point de vue strictement "organoleptique", la Pousse d'Or est arrivé bon premier. Le Sancerre de Vacheron et le Fief Vendéen de Michon ont, quant à eux, marqué les esprits par leur styles affirmés, dans deux registres totalement différents.

Bref, I love Pinot Noir. Et vous ?
 


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Vendredi du Vin #74 : le vin qui désaltère Version imprimable

"Le vin qui désaltère", en voilà un thème fédérateur lancé du fond de son gosier par le vortex de la blogospère, j'ai nommé (le cérébral mais pas trop) Frédéric TRUCHON !

Et ce dernier de synthétiser de façon magistral la dite thématique : "Il fait soif, non ?...".

Tout est là, dans ces quelques mots lancés à la joyeuse assemblée, à ces chers convives attablés, le coude sur le zinc ou vautrés dans l'herbe autour d'un pique-nique dominical.

C'est beau comme du Audiard. C'est qu'il me ferait chialer, ce con.

Il se trouve que j'ai dans ma musette de quoi réhydrater les plus soiffards... Et si on se faisait une bonne vieille bacchanale à la mode romaine ?!... Hey, ça vous dit des grololos à volonté et des copains qui débordent ???!!!... (à ne pas confondre avec des "grololos qui débordent et des copains à volonté"... quoique le résultat serait le même finalement...)

Des grololos...


Tout est marqué sur l'étiquette, on n'est pas là pour disserter. Seule chose à faire : faire péter le pot de rillette et s'en servir une bonne tartine ! Jo Pithon et Joseph Paillé nous offre une bonne rasade de grolleau angevin, rustique juste ce qu'il faut.

Conseil du sommelier :
par deux ou en magnum, c'est toujours mieux. Particulièrement adapté pour un pique-nique dans le Val de Loire, en particulier à Loches (NB : peut présenter un poil de réduction à l'ouverture et juste ce qu'il faut d'acidité volatile pour plaire aux naturistes les plus "exigeants").

Au départ, une cuvée "pour se faire plaisir" qui devient un best-seller. Y compris aux USA, même si ces tartuffes de yankees, jamais avares de contradiction, jouent les vierges effarouchées en censurant l'étiquette officielle : "hide thy bosom from mine eyes"...



Etiquette "originale"

 
Les deux versions "états-uniennes" politiquement correctes... 
 
 
Bon, la paire de Grololos étant liquidée, on quitte Loches et son donjon pour Amboise et son château, avec la cuvée Ad Libitum de La Grange Tiphaine de Coralie et Damien DELECHENEAU !

... à volonté !...


Que tu aies échappé(e) ou pas à l'option latin en 4ème, cet assemblage de côt (le vrai nom du malbec, hin !...), de gamay et de cabernet franc, classique de l'appellation Touraine-Amboise (souvent commercialisé sous le vocable "cuvée François Ier"), pourrait bien te faire déclamer des vers du poète Ausone en version originale, à défaut de siffler des verres du dit château !...

A nouveau, tout est écrit.

Profite, lapin, et passe donc le poulet grillé à ton voisin !

 
... et des copains qui débordent !
 
 
Le test de Rorschach ?...

Car que serait la fête sans les copains qui font un peu nawak ?... Est-ce là le sens caché de cette étiquette du Mas du Chêne ?... Luc VIGNAL et Emmanuelle DELON, j'ai déjà parlé ICI de leur cuvée Pinot Chio, tout comme notre bicépale buveur préféré dans un précédent Vendredi du Vin.

Cette cuvée-ci est composée à 100% de cinsault, cépage languedocien longtemps et injustement décrié, et si cher aux papilles de David FARGE qu'il lui consacre une série sur son blog Abistodenas.
 
Grolleau, Cinsault. Même combat. Deux cépages qui ont de l'avenir, tant ils sont appropriés pour produire des jus frais et peu alcoolisés. En un mot : désaltérants !


En rédigeant ces quelques âneries, je ne peux m'empêcher d'avoir une pensée émue pour Anne, fidèle d'entre les fidèles des Vendredis du Vin, qui nous a quittés brutalement il y a un an de cela... Le 9 mars dernier, elle aurait eu 44 ans. 

J'aurais tant aimé partager ses quelques quilles avec toi, ma copine ligérienne, autour d'un pique-nique au bord de la Vienne ou de la Loire...

"Et si on chopait tous les moments de bonheur", en levant nos verres à sa mémoire ?!

"A la tienne, Anne !"
 
 


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Brasseurs du Nord #4 : la Brasserie Cambier Version imprimable


Jean-Christophe Cambier
est un homme pressé. A tout juste 31 ans, ce passionné de bières "depuis l'âge de 15 ans" vient d'ouvrir à Croix (59) sa "fabrique urbaine de bières artisanales" en janvier 2015.

Je dis pressé, mais ce n'est sans doute pas le bon adjectif. Fonceur sans doute, mais je dirais plutôt méticuleux et cartésien. En un mot, scientifique. Bref, un mec qui sait ce qu'il fait et pourquoi il le fait, avec une âme d'artisan et une sensibilité au produit très marquée. Car s'il y a bien une chose qui m'a frappée en discutant avec lui, c'est bien la logique et la cohérence de son projet !
 

 
Cet ingénieur en agroalimentaire, après une expérience comme technologue (responsable process) dans une grande brasserie industrielle, décide en 2013 de créer sa propre entreprise. Pour ce faire, il approfondit ses connaissances (sur le houblonnage, notamment) en réalisant un stage chez De Ranke à Mouscron (Belgique) puis une formation complémentaire au Lycée Agricole de Douai.

Il prend également contact avec un laboratoire belge, spécialisé dans la fermentation haute, afin que ce dernier élabore une levure spécifique. La levure "Cambier" est née, aux notes fleuries et épicées.

Durant une année, il enchaîne les brassins à la maison pour élaborer ses différentes recettes et peaufine le concept de sa brasserie : une fabrique urbaine de bières artisanales, ouverte au public, comprenant un bar avec vue sur les cuves.
 
 
 
 

 

 
Car il s'agit bien pour lui d'en faire un lieu de découverte et d'éducation sur la fabrication de bières artisanales !
 

Ainsi, il propose le samedi des visites commentées (10h30 et 14h30), suivies de dégustation, qui rencontrent depuis l'ouverture un franc succès. Et Jean-Christophe de se réjouir de la curiosité des visiteurs : "les gens sont preneurs d'infos, ils ont de plus en plus envie de savoir d'où vient le produit et comment il est élaboré".


Son credo est donc la transparence : alors que la majorité des brasseurs garde jalousement secrètes leurs recettes, Jean-Chritophe indique énormément d'informations sur ces étiquettes : style de la bière, degré alcoolique, ingrédients, IBU ("taux d'amertume")...
 

Et pour le coup, les ingrédients sont plutôt classiques, partant du principe que "les recettes les plus simples sont souvent les meilleures".

Pour commencer, Jean-Christophe a élaboré une série de 4 bières blondes, commercialisées dans tous les formats (33cl, 75cl et fûts), sous le nom de MONGY, en référence à Etienne Mongy, le concepteur du réseau de tramway Lille-Roubaix-Tourcoing.
 
 
La MONGY blonde, fraîche et désaltérante, au nez fin et délicat, à la fois floral et épicé.
 
 
La MONGY blonde "houblonnée", à mi-chemin entre la blonde et l'IPA.
 
 
La MONGY Triple, puissante et aromatique, au nez à la fois fruité, épicé et terreux.
Cette bière a reçu une médaille d'argent au Concours Général Agricole 2015.
 


La MONGY India Pale Ale, amère et très aromatique,
au nez complexe, à la fois floral et fruité (agrumes).

 
En découvrant son magnifique verre, on saisit d'autant plus le lien étroit entre brasseur artisanal et vigneron indépendant !

Conclusion : j'ai été bluffé par le niveau des bières. en particulier leur finesse et leur précision aromatique. Gustativement, les bières sont "sèches", mais Jean-Christophe conserve néanmoins quelques sucres résiduels pour ne pas trop faire ressortir l'amertume. La levure spécifique employée apporte une réelle signature à l'ensemble de la gamme. Les houblons utilisés ne sont pas dans un style "surexpressif", ce qui me plaît beaucoup, ils apportent au contraire de l'équilibre et de la fraîcheur au produit.

Avec des débuts aussi prometteurs, on attend avec impatience la suite de ses aventures !
 
Brasserie Cambier
Bâtiment M - 2 rue Jean Monnet
59170 CROIX
Tél. 09 67 37 28 19
 


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Barolo, mi amore... Version imprimable

Que ma chère et tendre dulcinée se rassure, je n'ai point virer ma cuti la nuit dernière, après cette longue - et copieusement arrosée - soirée...

Certes, avec pas moins de 13 boutanches pour étancher notre soif de connaissance et une délicieuse souris d'agneau pour nous rassasier, la (s)Cène ressemblait davantage à une bacchanale de la Renaissance dans un château piémontais qu'à une réunion de collectionneurs de timbres dans les Yvelines.

"Mais non, ma chérie, je ne t'ai pas trompé avec un Lorenzaccio florentin ou un Francesco d'Alba, mais... oui, je l'avoue... j'ai pris mon pied avec des Nebbiolo. Non, pas en même temps. A la queue-leu-leu. Car tout le monde s'éclate à la queue-leu-leu".



Il Goloso (le gourmand)

Azienda Agricola Guido Porro
Vigna Lazzairasco 2006
 
Robe rouge rubis, nez ouvert sans être exubérant mais précis aromatiquement et marqué par la fraîcheur. En bouche, le vin révèle un très joli panier de fruits rouges (fraise, groseille) et d'orange sanguine. Excellent rapport qualité-prix-plaisir (28 €). Et oui, le Barolo, ça coûte une blinde !... Moi aussi, ça me peine...


Il Misterioso (le mystérieux)

Brico delle Viole 2007

Le problème des grands vins de garde comme le Barolo, c'est que ça a besoin de temps pour s'exprimer. Le nez est plutôt fermé, la bouche est elle-aussi en retrait, mais l'ensemble paraît si prometteur ! A mon humble avis, dans quelques années, ça va être une bombe atomique.
 


Il Boscaiolo (l'homme des bois)

Azienda Agricola Brovia
Ca'mia 2005

Sève de pin, notes mentholées et fumées, senteurs de bois précieux (santal), zan. Sublime d'élégance et de subtilité. Merci pour cette balade en forêt, bel étranger...



Il Viaggiatore (le voyageur)

Azienda Agricolla Brovia
Rocche 2007
Incroyablement expressif (au nez, on croirait du cinsault !). Cerise confite, arômes floraux, plein de gourmandise et d'une classe folle, qui tranche quelque peu avec la relative austérité des vins précédents.



Il Magnifico (le magnifique)

Azienda Agricola Elio Grasso
Ginestra Casa Maté 2004
 
Simplement ce que l'on attend d'un grand nebbiolo. Puissance, longueur et finesse. Notes caramélisées, d'oranges et de fruits secs, une matière juteuse parsemée d'épices, des tanins de soie...



Inutile de préciser qu'avec le plat, ça matche sévère...



L'Inatesso (l'inattendu)

Comm. G.B. Burlotto
Langhe 2011
 
Râaa Burlotto !!!... J'ai encore un souvenir plus qu'ému d'un Barolo 1998 de ce fabuleux domaine ! Ce "simple" Langhe (50% nebbiolo / 50% barbera), au prix "modique" de 15 euros est déjà un régal !...

Conclusion :

Vous ne visualisez pas le Piémont sur une carte de l'Italie ? Vous n'avez jamais entendu parler du cépage nebbiolo ? Vous ne savez rien du Barolo, le "Roi du Piémont" ? Vous ne comprenez rien à la célèbre bataille des "modernistes" contre les "traditionnalistes" ? Et puis, vous n'arrêtez pas de vous demander : "POURQUOI, hin ?... MAIS POURQUOI ça coûte si cher ???!!!...".

Arrêtez donc de paniquer, et faîtes plutôt le Point avec le Docteur Dupont et le Pharmacien-blogueur Böttcher (ICI et puis ICI et puis LA-AUSSI).
 
Si ça ne passe pas, buvez un coup de nebbiolo en regardant le documentaire "Barolo Boys".


Post-scriptum :

Cette dégustation s'est déroulée au club "Le Cercle" au restaurant Le Plessy à Tourcoing. Si le niveau des 13 vins était très élevé, j'ai choisi de vous présenter ici uniquement mes coups de coeur. Un grand merci à Sébastien DESCHUTTER pour cette magnifique sélection !

 


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Brasseurs du Nord #3 : la Micro-Brasserie du Vieux-Lille Version imprimable

Il y a peu, la rue Jean-Jacques Rousseau dans le Vieux-Lille, était principalement connue des oiseaux nocturnes pour les célèbres ti punchs et autres douceurs créoles du bar La Pirogue... Mais ça, c'était avant que n'ouvre une nouvelle é-choppe, arborant fièrement un autre oiseau de nuit (le logo est un hibou) et se targuant de proposer une large sélection de bières artisanales du monde entier !

 

 
Il n'en fallait pas plus pour piquer ma curiosité et disons-le tout net, me donner soif. Cette première surprise à peine dissipée, v'là t'y pas que je découvre que cette sympathique entreprise est bicéphale, à la fois cave à bières (ouverte fin juillet 2014) ET micro-brasserie (début de la production fin octobre 2014) !
 

 

 



 
Je décidais alors de rencontrer le maître des lieux, Amaury d'Herbigny, afin d'en savoir plus sur la genèse du projet, sa philosophie de travail et sa sélection de bières.
 

 
Figurez-vous qu'Amaury renoue avec une tradition familiale débutée en 1740, date à laquelle son aïeul, Célestin Cordonnier, décide de racheter la Brasserie du Cygne sur le port d'Haubourdin (59). Créée au XVIème, et située près l'emplacement de la nouvelle mairie, c'était le plus ancien établissement connu sur cette commune, qui attirait à cette époque tous les hommes de l'agglomération qui désiraient consommer des boissons alcoolisées à peu de frais, au grand dam des édiles lillois. Car Haubourdin a compté jusqu'à 170 estaminets ! Cette tradition provenait de l'époque féodale lors de laquelle elle avait été exemptée de taxes par ses seigneurs.
 

Rebaptisée du nom de son propriétaire, elle étanchera la soif des ch'timis jusqu'à sa revente en 1956, période maudite de l'après-guerre marquée la quasi-disparition des brasseries artisanales au profit des industriels dans le Nord-Pas-de-Calais (et ailleurs).
 

La gamme de l'époque comprenait la Bock du Cygne, la Célestin Cordonnier, la Derby Export, la Luxe Céleste et la Triple Brune.


 
Amaury n'a donc pas connu la brasserie familiale en activité, contrairement à son père, qui lui a transmis le virus et la passion pour les bonnes bières artisanales. Alors salarié en région parisienne dans un autre secteur, l'envie lui prend de créer sa propre structure et de reprendre le flambeau familial, devenant ainsi la 9ème génération de brasseurs !

Attardons-nous d'abord un instant sur cette sélection de plus de 400 bières. La philosophie affichée est claire : ne proposer que des bières artisanales que l'on ne retrouve pas en Grande Distribution, à part de notables exceptions (car la GD dans le Nord-Pas-de-Calais propose des rayons de bières de plus en plus étoffés, au grand dam des cavistes...).

L'accent est bien sûr mis en premier lieu sur les brasseries régionales, à commencer par la Brasserie Thiriez, bien sûr (Daniel Tiriez fût l'un des fers de lance de la renaissance des brasseries artisanales dans la région il y a environ 20 ans) et ses "descendants" : Pays Flamand, Saint-Germain (Page 24), Au Baron (Cuvée des Jonquilles), Les 2 Caps, PVLCraig Allan (Agent Provocateur, Psychédélia, Cuvée d'Oscar)...

En second lieu, vous y trouverez une sélection de bières artisanales d'autres régions françaises.

Ensuite, l'accent est (évidemment) mis sur les bières belges, en essayant autant que possible de sortir des sentiers battus. Vous y trouverez donc, à côté des vénérables trappistes et autres références incontournables, des brasseries avec le vent en poupe parmi les amateurs comme les bruxelloises Cantillon et Brasserie de la Senne, les flamandes Rodenbach, Boon et Halve De Maan... pour n'en citer qu'une poignée.

Sur l'agglomération lilloise, on peut trouver toutes ces références facilement chez de nombreux concurrents. Ce que je trouve particulièrement intéressant, du coup, c'est sa sélection de bières d'autres pays européens et du reste du monde : Brewdog (Ecosse), Hopgoblin (Angleterre), Evil Twin (Danemark), De Molen (Hollande), Naparbier (Espagne), Flyingdog (USA)...

Parlons à présent de la Micro-Brasserie du Vieux-Lille !

Comme indiqué précédemment, Amaury a produit et mis en vente en décembre dernier une première bière blonde titrant 6,5° baptisée LA DIX, le nombre de variétés de houblons qui sont incorporés au malt d'orge. Non filtrée et refermentée en bouteille, elle reprend les bases d'une ancienne recette de la brasserie familiale, qu'Amaury a retravaillé.
 

D'une couleur orangée et légèrement trouble, son nez est marqué par les arômes de céréales maltés et des notes de fruits secs et de zest d'orange. Gustativement, point de sucres résiduels, c'est une bière "sèche" avec du caractère comme je le aime, avec une acidité franche  qui la rend bien équilibrée et digeste ! Le plus étonnant, c'est que malgré le nombre de variétés de houblons utilisés, elle est finalement "normalement" houblonnée, l'idée n'étant pas de produire une IPA.
 
 
La production est de 500 litres par brassin (2 brassins de 250L sur 2 jours, assemblés dans une cuve de 500L). C'est actuellement le second brassin qui est à la vente à la boutique. Prochaine étape, une bière ambrée. Affaire à suivre, donc !...
 
Les Bières de Célestin
19 rue Jean-Jacques Rousseau
59800 Lille
Tél. 09 82 22 39 40

Ouvert le mardi de 15h à 20h,
du mercredi au samedi de 11h à 20h


 


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La Cuisine de Georges, les bons p'tits plats de Jacquelain et un cabernet breton Ante Phylloxerique Version imprimable



Il est des lieux qui sont associés à une personne. Il en est ainsi de la Cuisine de Georges, au n° 20 de la rue baptisée en l'honneur du romancier et dramaturge tourangeau, en face de l'église Notre-Dame La Riche, célèbre entre autres pour ses gargouilles aux anatomies flatteuses... L'église, hin, pas Courteline.

Sauf qu'à la cuisine de Georges, l'homme des lieux, le trucculent personnage qui vous accueille avec une blague et vous régale de ces plats mijotés, ce n'est pas Georges Clooney (désolé, mesdames), c'est Jacquelain. Je crois même que si l'adjectif trucculent n'existait pas, on l'aurait inventé pour cet ancien DRH qui a tout plaqué un jour de 2006 pour se lancer dans cette aventure.

Preuve à l'appui, ce "vous prendrez bien de ma soupe, c'est la meilleure que j'ai faite ? P't'être pas aussi bonne qu'hier, mais bien meilleure qu'avant-hier !" qu'il se faisait un plaisir de lâcher ce jour d'automne à tous les clients attablés... ou encore, les "dictons du mois" qu'il publie sur son site internet, subtile mélange de gaudriole et de gauloiserie, assaisonné d'une bose dose d'humanisme.

Je ne résiste d'ailleurs pas à vous livrer ceux du mois de janvier 2015 :

"C'est en gardant le silence alors qu'il devrait protester que l'homme devient lâche"
 
Abraham Lincoln

"Les poulets élevés au grand air... On n’en a rien à faire : on bouffe pas les poumons »
Jean Carmet dans "Palace pour les Brèves de comptoirs".

Alors, vous commencez à mieux cerner le personnage ?...
 

"J'ai des rendez-vous ce matin, ça va être un peu speed, mais on peut se retrouver vers 13h chez Jacquelain, ça te va ? Par contre, il faudrait réserver !" tel fût, en substance, le message de ma meilleure amie, à qui je proposais de déjeuner sur Tours.

Vous l'aurez compris donc : 1) une fois qu'on a rencontré le bonhomme et goûté sa délicieuse cuisine, on va manger "chez Jacquelain". 2) il est plus que recommander de réserver pour siéger à sa table d'hôtes.

Car c'est bien d'une "auberge en ville" dont il s'agit, "avec table d’hôtes pouvant accueillir une dizaine de personnes et quatre à cinq petites tables réservées aux plus farouches" comme le résume, non sans humour, l'homme-à-tout-faire de ces lieux. Ici, tout est fait maison, y compris les yaourts, et la carte change tous les jours au gré de l'humeur du taulier. La convivialité vous dérange et vous ne supportez pas de devoir choisir parmi un nombre de plats limités ?... Passez donc votre chemin, les "restos-métro" adeptes du surgelés, c'est pas ça qui manque dans le Vieux-Tours, ça libèrera des places pour les autres !
 

L’ambiance est celle d’une épicerie de la fin du XIXème siècle avec son meuble d’épicier, ses billots et d’autres meubles de métiers, dont une superbe trancheuse à jambon.

Quant à la cuisine proposée, je ne résiste pas non plus à vous livrer les mots du taulier, encore une fois bien gratinés côté dérision :

"Cuisine et salle à manger n’occupent qu’une seule pièce et la proximité du cuisinier permet de vivre au rythme de ses humeurs ! Quelques fois tendues, mais souvent excellentes. Chaque jour, un plat du jour nouveau est proposé. Pas de spécialités en particulier mais des petits plats mijotés aussi bien traditionnels comme le coq au vin le bourguignon ou la blanquette de veau, que plus exotiques comme tajines, carris ou jambalayas voire même tendance comme le poulet au coca-cola light ou le clafoutis de choucroute. Les inconditionnels du steack tartare ou du croque-monsieur seront également comblés. Acommpagnés l’un et l’autre des garnitures du moment : salade de lentilles au gingembre, houmous de pois-chiches ou caviar d’aubergines , par exemple, ils attirent déjà de nombreux fidèles !"

Oserai-je en plus préciser que le menu du jour est à 13 euros ?...
 
 
Le Gras, c'est la Vie.

Vous voulez une belle assiette graphique et design, passez aussi votre chemin. La virgule avec la sauce et les p'tite fleurs qui parsèment un plat minimaliste, c'est pas vraiment sa came, au père Jacquelain. Son truc, c'est plutôt de la cuisine de terroir façon grand-mère. Du gras, de la sauce, de la générosité. Bref, du GOÛT !

Mais surtout, de la convivialité : ici, les gens se parlent, échangent sur les plats et les vins... Il n'est ainsi pas rare que des parfaits étrangers s'offrent un verre !

Bon, je vous ai suffisamment parlé du Miam. Et le Glou dans tout ça ? Parce qu'en plus d'être sympa et fin cordon-bleu, le taulier a évidemment bon goût côté pinard ! Vous y trouverez donc une belle sélection de vins ligériens, mais aussi quelques pépites venues de la France entière...

En parlant de merveilles cachées, en voici donc une pré-phylloxerique, que je n'ai jamais réussie à trouver ailleurs ! Un jus rabelaisien, tout droit issu de vignes plus que centenaires, que n'aurait pas recracher Balzac...
 

Ce cabernet franc pré-phylloxerique est produit par Marc PLOUZEAU, du Château de la Bonnelière à Chinon. Ce vin rare (environ 1300 bouteilles par an) provient d'un clos de 40 ares, d'une de ces vignes très exceptionnelles qui ont survécu à l'attaque du phylloxera en 1860. Ce sont donc des vignes non greffées sur des portes-greffes américains, dites Francs de Pied, qui restent un témoignage des vins de breton encore produits au XIXème siècle. Le renouvellement des pieds se fait depuis plusieurs siècles selon les techniques de provinage, recépage et marcotage. Ici le tracteur n’y a pas sa place et chaque intervention sur le vignoble est réalisée manuellement. Le vin est vinifié naturellement, sans ajout de levures ou autres produits oenologiques, hormis une dose limitée de sulfites.
 

Un vin d'une grande élégance, aux tanins soyeux, marqué par la fraîcheur et très digeste. Un vrai vin rabelaisien, convivial à souhait, tellement en accord avec ce lieu unique !

Bref, si vous passez un jour en Touraine, vous savez où recharger les batteries...

La Cuisine de Georges
20 rue Georges Courteline
37000 TOURS
Tél. 02 47 36 92 04

Château de la Bonnelière
1 rue Basses Vignes
37500 LA ROCHE CLERMAULT
Tél. 02 47 93 16 34
 
 Cave Plouzeau
94 rue Haute Saint-Maurice
37500 CHINON

 


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