Brasseurs du Nord #3 : la Micro-Brasserie du Vieux-Lille Version imprimable

Il y a peu, la rue Jean-Jacques Rousseau dans le Vieux-Lille, était principalement connue des oiseaux nocturnes pour les célèbres ti punchs et autres douceurs créoles du bar La Pirogue... Mais ça, c'était avant que n'ouvre une nouvelle é-choppe, arborant fièrement un autre oiseau de nuit (le logo est un hibou) et se targuant de proposer une large sélection de bières artisanales du monde entier !

 

 
Il n'en fallait pas plus pour piquer ma curiosité et disons-le tout net, me donner soif. Cette première surprise à peine dissipée, v'là t'y pas que je découvre que cette sympathique entreprise est bicéphale, à la fois cave à bières (ouverte fin juillet 2014) ET micro-brasserie (début de la production fin octobre 2014) !
 

 

 



 
Je décidais alors de rencontrer le maître des lieux, Amaury d'Herbigny, afin d'en savoir plus sur la genèse du projet, sa philosophie de travail et sa sélection de bières.
 

 
Figurez-vous qu'Amaury renoue avec une tradition familiale débutée en 1740, date à laquelle son aïeul, Célestin Cordonnier, décide de racheter la Brasserie du Cygne sur le port d'Haubourdin (59). Créée au XVIème, et située près l'emplacement de la nouvelle mairie, c'était le plus ancien établissement connu sur cette commune, qui attirait à cette époque tous les hommes de l'agglomération qui désiraient consommer des boissons alcoolisées à peu de frais, au grand dam des édiles lillois. Car Haubourdin a compté jusqu'à 170 estaminets ! Cette tradition provenait de l'époque féodale lors de laquelle elle avait été exemptée de taxes par ses seigneurs.
 

Rebaptisée du nom de son propriétaire, elle étanchera la soif des ch'timis jusqu'à sa revente en 1956, période maudite de l'après-guerre marquée la quasi-disparition des brasseries artisanales au profit des industriels dans le Nord-Pas-de-Calais (et ailleurs).
 

La gamme de l'époque comprenait la Bock du Cygne, la Célestin Cordonnier, la Derby Export, la Luxe Céleste et la Triple Brune.


 
Amaury n'a donc pas connu la brasserie familiale en activité, contrairement à son père, qui lui a transmis le virus et la passion pour les bonnes bières artisanales. Alors salarié en région parisienne dans un autre secteur, l'envie lui prend de créer sa propre structure et de reprendre le flambeau familial, devenant ainsi la 9ème génération de brasseurs !

Attardons-nous d'abord un instant sur cette sélection de plus de 400 bières. La philosophie affichée est claire : ne proposer que des bières artisanales que l'on ne retrouve pas en Grande Distribution, à part de notables exceptions (car la GD dans le Nord-Pas-de-Calais propose des rayons de bières de plus en plus étoffés, au grand dam des cavistes...).

L'accent est bien sûr mis en premier lieu sur les brasseries régionales, à commencer par la Brasserie Thiriez, bien sûr (Daniel Tiriez fût l'un des fers de lance de la renaissance des brasseries artisanales dans la région il y a environ 20 ans) et ses "descendants" : Pays Flamand, Saint-Germain (Page 24), Au Baron (Cuvée des Jonquilles), Les 2 Caps, PVLCraig Allan (Agent Provocateur, Psychédélia, Cuvée d'Oscar)...

En second lieu, vous y trouverez une sélection de bières artisanales d'autres régions françaises.

Ensuite, l'accent est (évidemment) mis sur les bières belges, en essayant autant que possible de sortir des sentiers battus. Vous y trouverez donc, à côté des vénérables trappistes et autres références incontournables, des brasseries avec le vent en poupe parmi les amateurs comme les bruxelloises Cantillon et Brasserie de la Senne, les flamandes Rodenbach, Boon et Halve De Maan... pour n'en citer qu'une poignée.

Sur l'agglomération lilloise, on peut trouver toutes ces références facilement chez de nombreux concurrents. Ce que je trouve particulièrement intéressant, du coup, c'est sa sélection de bières d'autres pays européens et du reste du monde : Brewdog (Ecosse), Hopgoblin (Angleterre), Evil Twin (Danemark), De Molen (Hollande), Naparbier (Espagne), Flyingdog (USA)...

Parlons à présent de la Micro-Brasserie du Vieux-Lille !

Comme indiqué précédemment, Amaury a produit et mis en vente en décembre dernier une première bière blonde titrant 6,5° baptisée LA DIX, le nombre de variétés de houblons qui sont incorporés au malt d'orge. Non filtrée et refermentée en bouteille, elle reprend les bases d'une ancienne recette de la brasserie familiale, qu'Amaury a retravaillé.
 

D'une couleur orangée et légèrement trouble, son nez est marqué par les arômes de céréales maltés et des notes de fruits secs et de zest d'orange. Gustativement, point de sucres résiduels, c'est une bière "sèche" avec du caractère comme je le aime, avec une acidité franche  qui la rend bien équilibrée et digeste ! Le plus étonnant, c'est que malgré le nombre de variétés de houblons utilisés, elle est finalement "normalement houblonnée", l'idée n'étant pas de produire une IPA.
 
 
La production est de 500 litres par brassin (2 brassins de 250L sur 2 jours, assemblés dans une cuve de 500L). C'est actuellement le second brassin qui est à la vente à la boutique. Prochaine étape, une bière ambrée. Affaire à suivre, donc !...
 
Les Bières de Célestin
19 rue Jean-Jacques Rousseau
59800 Lille
Tél. 09 82 22 39 40

Ouvert le mardi de 15h à 20h,
du mercredi au samedi de 11h à 20h


 


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La Cuisine de Georges, les bons p'tits plats de Jacquelain et un cabernet breton Ante Phylloxerique Version imprimable



Il est des lieux qui sont associés à une personne. Il en est ainsi de la Cuisine de Georges, au n° 20 de la rue baptisée en l'honneur du romancier et dramaturge tourangeau, en face de l'église Notre-Dame La Riche, célèbre entre autres pour ses gargouilles aux anatomies flatteuses... L'église, hin, pas Courteline.

Sauf qu'à la cuisine de Georges, l'homme des lieux, le trucculent personnage qui vous accueille avec une blague et vous régale de ces plats mijotés, ce n'est pas Georges Clooney (désolé, mesdames), c'est Jacquelain. Je crois même que si l'adjectif trucculent n'existait pas, on l'aurait inventé pour cet ancien DRH qui a tout plaqué un jour de 2006 pour se lancer dans cette aventure.

Preuve à l'appui, ce "vous prendrez bien de ma soupe, c'est la meilleure que j'ai faite ? P't'être pas aussi bonne qu'hier, mais bien meilleure qu'avant-hier !" qu'il se faisait un plaisir de lâcher ce jour d'automne à tous les clients attablés... ou encore, les "dictons du mois" qu'il publie sur son site internet, subtile mélange de gaudriole et de gauloiserie, assaisonné d'une bose dose d'humanisme.

Je ne résiste d'ailleurs pas à vous livrer ceux du mois de janvier 2015 :

"C'est en gardant le silence alors qu'il devrait protester que l'homme devient lâche"
 
Abraham Lincoln

"Les poulets élevés au grand air... On n’en a rien à faire : on bouffe pas les poumons »
Jean Carmet dans "Palace pour les Brèves de comptoirs".

Alors, vous commencez à mieux cerner le personnage ?...
 

"J'ai des rendez-vous ce matin, ça va être un peu speed, mais on peut se retrouver vers 13h chez Jacquelain, ça te va ? Par contre, il faudrait réserver !" tel fût, en substance, le message de ma meilleure amie, à qui je proposais de déjeuner sur Tours.

Vous l'aurez compris donc : 1) une fois qu'on a rencontré le bonhomme et goûté sa délicieuse cuisine, on va manger "chez Jacquelain". 2) il est plus que recommander de réserver pour siéger à sa table d'hôtes.

Car c'est bien d'une "auberge en ville" dont il s'agit, "avec table d’hôtes pouvant accueillir une dizaine de personnes et quatre à cinq petites tables réservées aux plus farouches" comme le résume, non sans humour, l'homme-à-tout-faire de ces lieux. Ici, tout est fait maison, y compris les yaourts, et la carte change tous les jours au gré de l'humeur du taulier. La convivialité vous dérange et vous ne supportez pas de devoir choisir parmi un nombre de plats limités ?... Passez donc votre chemin, les "restos-métro" adeptes du surgelés, c'est pas ça qui manque dans le Vieux-Tours, ça libèrera des places pour les autres !
 

L’ambiance est celle d’une épicerie de la fin du XIXème siècle avec son meuble d’épicier, ses billots et d’autres meubles de métiers, dont une superbe trancheuse à jambon.

Quant à la cuisine proposée, je ne résiste pas non plus à vous livrer les mots du taulier, encore une fois bien gratinés côté dérision :

"Cuisine et salle à manger n’occupent qu’une seule pièce et la proximité du cuisinier permet de vivre au rythme de ses humeurs ! Quelques fois tendues, mais souvent excellentes. Chaque jour, un plat du jour nouveau est proposé. Pas de spécialités en particulier mais des petits plats mijotés aussi bien traditionnels comme le coq au vin le bourguignon ou la blanquette de veau, que plus exotiques comme tajines, carris ou jambalayas voire même tendance comme le poulet au coca-cola light ou le clafoutis de choucroute. Les inconditionnels du steack tartare ou du croque-monsieur seront également comblés. Acommpagnés l’un et l’autre des garnitures du moment : salade de lentilles au gingembre, houmous de pois-chiches ou caviar d’aubergines , par exemple, ils attirent déjà de nombreux fidèles !"

Oserai-je en plus préciser que le menu du jour est à 13 euros ?...
 
 
Le Gras, c'est la Vie.

Vous voulez une belle assiette graphique et design, passez aussi votre chemin. La virgule avec la sauce et les p'tite fleurs qui parsèment un plat minimaliste, c'est pas vraiment sa came, au père Jacquelain. Son truc, c'est plutôt de la cuisine de terroir façon grand-mère. Du gras, de la sauce, de la générosité. Bref, du GOÛT !

Mais surtout, de la convivialité : ici, les gens se parlent, échangent sur les plats et les vins... Il n'est ainsi pas rare que des parfaits étrangers s'offrent un verre !

Bon, je vous ai suffisamment parlé du Miam. Et le Glou dans tout ça ? Parce qu'en plus d'être sympa et fin cordon-bleu, le taulier a évidemment bon goût côté pinard ! Vous y trouverez donc une belle sélection de vins ligériens, mais aussi quelques pépites venues de la France entière...

En parlant de merveilles cachées, en voici donc une pré-phylloxerique, que je n'ai jamais réussie à trouver ailleurs ! Un jus rabelaisien, tout droit issu de vignes plus que centenaires, que n'aurait pas recracher Balzac...
 

Ce cabernet franc pré-phylloxerique est produit par Marc PLOUZEAU, du Château de la Bonnelière à Chinon. Ce vin rare (environ 1300 bouteilles par an) provient d'un clos de 40 ares, d'une de ces vignes très exceptionnelles qui ont survécu à l'attaque du phylloxera en 1860. Ce sont donc des vignes non greffées sur des portes-greffes américains, dites Francs de Pied, qui restent un témoignage des vins de breton encore produits au XIXème siècle. Le renouvellement des pieds se fait depuis plusieurs siècles selon les techniques de provinage, recépage et marcotage. Ici le tracteur n’y a pas sa place et chaque intervention sur le vignoble est réalisée manuellement. Le vin est vinifié naturellement, sans ajout de levures ou autres produits oenologiques, hormis une dose limitée de sulfites.
 

Un vin d'une grande élégance, aux tanins soyeux, marqué par la fraîcheur et très digeste. Un vrai vin rabelaisien, convivial à souhait, tellement en accord avec ce lieu unique !

Bref, si vous passez un jour en Touraine, vous savez où recharger les batteries...

La Cuisine de Georges
20 rue Georges Courteline
37000 TOURS
Tél. 02 47 36 92 04

Château de la Bonnelière
1 rue Basses Vignes
37500 LA ROCHE CLERMAULT
Tél. 02 47 93 16 34
 
 Cave Plouzeau
94 rue Haute Saint-Maurice
37500 CHINON

 


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D'un Chablis à l'autre... Version imprimable


S'il est un vin blanc connu dans le monde entier, c'est bien celui-ci ! Et pour cause, le vignoble chablisien est celui qui souffre le plus de la contrefaçon avec la Champagne (à l'instar également de certains grands crus classés bordelais ou prestigieux domaines bourguignons).

Et ce n'est pas récent, comme l'atteste cette article de l'Express daté de septembre 2006, dans lequel on peut lire : "Le chablis souffre d'une mondialisation excessive : on en fait du faux partout, de la Californie à l'Ukraine. «Chaque jour, il se boit sous ce nom autant de vin qu'il s'en produit dans une récolte entière», a pu écrire le critique anglais Hugh Johns".

Mais l'intérêt majeur de ce papier était surtout de pointer les nombreuses dérives dont a souffert ce vignoble :

"Reste un problème plus difficile à résoudre : la production de faux chablis à Chablis. « Notre appellation est emblématique du mal viticole français : on ne défend pas notre marque collective, on en profite », se désole Hervé Tucki, responsable de la coopérative la Chablisienne, excellent connaisseur de l'appellation mais aussi bon philosophe : « Il y a en fait deux chablis : celui des hommes et celui des terroirs. Les terroirs sont grands mais les hommes sont normaux, donc faibles ». La faiblesse, c'est de « faire de l'étiquette ». Il y avait 1 000 hectares de vignes dans les années 1970;  on en compte plus de 4 000 aujourd'hui... En 1976, les «petits chablis» de Maligny se sont métamorphosés en « chablis ». Et dans les premiers crus des parcelles médiocres ont été regroupées avec des climats célèbres. On a planté là où étaient les vaches: les rendements ont gonflé, alimentant la ronde des semi-remorques qui partent vers l'Allemagne ou l'Angleterre, où près de la moitié des chablis sont commercialisés sous des marques locales. A les goûter, on comprend pourquoi les consommateurs étrangers commencent à préférer les blancs d'Australie ou d'Afrique du Sud". 

La situation a-t-elle véritablement changé depuis ? On peut légitimement en douter... A côté de certains jus admirables, on trouve toujours des vins d'une crasse médiocrité, dont les prix élevés ne sont justifiés que par le prestige de l'appellation. J'ose le dire : dans d'autres AOC moins "glamours", certains vins seraient vendus moitié moins cher. Et ce serait parfaitement normal !

(NB : tiens, c'est bizarre, d'un seul coup, ça me fait aussi penser au cas de la Champagne. Mais ce n'est pas le sujet, ne nous égarons pas... ;-)

Et de rebondir sur les propos de M. Tucki : « Il y a en fait deux chablis : celui des hommes et celui des terroirs. Les terroirs sont grands mais les hommes sont normaux, donc faibles ».

Oui et non.

Pour tirer la quintessence de supposés "grands" terroirs, encore faut-il le talent des hommes respectueux de cette terre ! Et a contrario, un constat s'impose souvent à nos papilles : des vignerons audacieux parviennent à produire des vins sublimes, à partir de terroirs pourtant moins "cotés" a priori... ou de cépages jugés moins "nobles". A ce sujet, mon crédo est clair : il n'y a pas de "petits" cépages, il n'y a que des mauvais vignerons !

(NB : attention, ne me faîtes pas dire ce que je n'ai pas écrit, on est bien d'accord que l'on ne fera jamais un grand vin sur une terre à betterave...)

(NB 2 : notez que je n'ai rien contre la betterave. La preuve : j'ai épousé une picarde du Santerre...)

Et ce fût encore le cas lors de cette très belle dégustation du Club AOC, puisque les vins qui nous ont le plus émus et transportés ne furent point les plus onéreux, ni nés sur les terroirs les plus prestigieux, mais deux "simples" Chablis et un Chablis 1er cru sur un vieux millésime, produits par 3 vignerons qui comptent pour moi parmi les meilleurs du vignoble chablisien !

A commencer par ce Chablis "Vent d'Ange" 2013, tout frais sorti du jeune Domaine Pattes Loup de Thomas Pico.
 

Pur produit de la commune de Courgis, ce fils et petit-fils de vigneron a d'abord été se former dans d'autres vignobles avant de revenir au domaine familial de Bois d'Yver en 2004. L'année suivante, il reprend 8 hectares et débute la conversion bio du vignoble. C'est à cette époque qu'il plante des vignes sur le lieu-dit "Pattes Loup". En 2006, les premières cuvées sont produites. Et en 2008, il commence à acheter des raisons (en cours de conversion bio également) auprès du domaine de son père sur les premiers crus "Côte de Jouan" et "Beauregard".

Certifié en bio depuis 2009, ses vins connaissent depuis un grand succès tant auprès des amateurs de vins naturels que des critiques, qui voient en lui l'un des vignerons les plus talentueux de la nouvelle génération.
 

Expressif dès l'ouverture, ce millésime 2013 est charmeur. D'une robe jaune d'or aux reflets gris, le vin exhale des arômes de fruits à chair blanche, sur une trame minérale d'une grande pureté. En bouche, le vin est parfaitement équilibré, avec une belle tension et une finale salivante. Bref, ce que l'on est en droit d'attendre d'une bonne bouteille d'un chablis "racé", à déguster sur sa jeunesse, qui ravira les amateurs de sushi et autres crustacés !
 

Gros coup de coeur de la soirée
, cette cuvée "Orangerie" est produite par le Château de Béru, domaine familial depuis 400 ans, aujourd'hui dirigé par Athénaïs de Béru. Son père, le Comte de Béru, décédé en 2006, a replanté dans les années 80 l'intégralité de ce vignoble, qui avait été décimé à la fin du XIXème avec la crise du phylloxera. Il est depuis travaillé en agriculture biologique et biodynamique.
 

Symbole même du domaine, le Clos Béru est un terroir unique d'une superficie de 5 hectares, entouré de murs érigés au XIIIème siècle.

L'Orangerie est une autre sélection parcellaire, issu d'un terroir situé aux abords de la vallée de Béru, à 300 m d'altitude, qui présente une combinaison particulière d'argiles (en forte proportion) et de calcaires. Les vignes âgées donc de 30 ans, plantées à 6500 pieds/ha sont taillées en guyot double. Vinifié naturellement, le vin est élevé pendant 18 mois dans des fûts de 2 à 4 vins ou plus.

Et c'est là que réside toute la beauté des vrais vins de terroirs, lorsque l'on compare ce vins au précédent, en se rendant compte à quel point ces deux Chablis sont différents ! Cette cuvée Orangerie présente justement des arômes d'orange sanguine, de caramel beurre salé, avec des notes miellées qui subliment la fin de bouche. En termes d'accord mets & vins, rien à voir non plus tant je vous la conseille sur des plats épicés ou sucrés/salés (canard à l'orange !). Le vin est déjà sublime mais nul doute qu'il se bonifiera pendant de nombreuses années.

Le domaine produit également un Chablis générique et un Chablis 1er cru "Vaucoupin". Parallèlement, Athénaïs a créé sa société de négoce afin de proposer des vins des différentes appellations de l'Yonne.

Pour vos séjours dans la région, sachez que le château propose des visites guidées. Vous pouvez également y séjourner en chambre d'hôtes.
   
 
Enfin, avec cette cuvée "Les Lys" 2001 du Domaine du Vieux Château de Daniel-Etienne Defaix, on pénètre encore dans une autre dimension !
 
Ce domaine familial est l'un des plus anciens puisqu'il existe depuis 800 ans ! Chez les Defaix, on est vigneron de père en fils depuis 400 ans. Aujourd'hui, Daniel-Etienne cultive 28 hectares de vignes sur les plus anciens terroirs du chablisien, mis en valeur au Moyen-Âge par les Moines de l'Abbaye de Pontigny, principalement des coteaux bien pentus exposés au sud-est.

Daniel-Etienne Defaix produit ainsi dans le plus pur respect de la tradition familiale :
  • Deux cuvées Chablis : Vieilles et Très Vieilles Vignes
  • Trois Chablis Premier Cru : Les Lys, Vaillons et Côte de Léchet
  • Deux Chablis Grand Cru : Blanchot et Grenouilles
  • Un Bourgogne Rouge

Crédit photo : Idéemiam

La parcelle "Les Lys" est un lieu-dit du célèbre climat "Vaillons", considéré comme l'un des meilleurs premiers crus de la rive gauche du Serein, situé en face de Chablis, perpendiculairement aux 7 Grands Crus. S'agissant de l'origine de son nom, deux thèses s'opposent comme le rapporte Patrick Essa sur son blog :

"Le nom « Les Lys » n’apparait pas avant 1816, où il est mentionné pour la première fois. On signalait alors en ce lieu un îlot de vignes, dîtes de «Champlain ». Toutefois on retrouve sur deux plans, datés de 1770 et 1789, la parcelle de « Séché » qui aboutit par le haut au «chemin des lis». A partir de 1816, quelques propriétaires, bientôt imités par d’autres, ont surnommé leurs vignes de « Champlain » du nom du chemin voisin. Le nom « Lis » existait, mais selon certaines sources n'aurait rien à voir avec la fleur, ni la couronne royale. Pour d'autres en revanche il s'agit d'un ancien secteur historiquement appelé "Clos des Roys" et qui était selon la légende propriété de ceux-ci. Sur le cadastre de 1829, la partie superieure du lieu-dit « Champlain » fut baptisée « Les Lys » par un arpenteur. C’est donc entre 1816 et 1829 que « Les Lys » s'affirment pleinement. Son nom proviendrait alors du mot « lisière », dérivé de « lis », du latin LICIUM « bordure, lisière, frontière » ou de ce Clos royal fameux qui est aujourd'hui oublié de tous".


J'aime beaucoup les vins de ce grand monsieur (dans tous les sens du terme), admirablement taillés pour la garde :

Après une récolte à bonne maturité, les raisins sont pressurés lentement pendant 3 heures, en séparant les cuvées (Daniel-Etienne ne conserve que les têtes de cuvées). S'en suivent 18 heures de débourbage puis 3 semaines de fermentation alcoolique (levures indigènes) à basse température (18°). La fermentation malolactique est recherchée systématiquement et les vins sont bâtonnés régulièrement pendant 18 mois. La filtration et le collage ne sont pas effectués systématiquement, avant une mise en bouteille effectuées sous azote. Les vins sont ensuites conservés de 6 à 12 mois au chai avant d'être commercialisé (au bout de 2 ans pour les Chablis et au bout de 5 à 8 ans pour les premiers crus et grands crus).
 
J'avais un grand souvenir en mémoire d'un Chablis 1er cru "Vaillons" 2000... Je n'ai pas été déçu par cette cuvée "Les Lys" 2001, bien au contraire ! Avec ce "vieux" millésime, on change totalement de registre par rapport aux vins précédents : après l'orangerie, on débarque dans les bois... Notes tertiaires de champignons nobles, noisette et beurre... A nouveau, l'équilibre du vin est magnifique, relevé par une acidité qui vient redonner du peps. La finale est longue et appétante... Mon empire pour des bouchées à la reine !...

Pour poursuivre votre lecture, je vous invite à découvrir une interview de Daniel-Etienne Defaix sur le site Idéemiam.
 
Pour vos idées de séjour touristique, sachez également que sa fille Anne-Claire (qui a décroché le titre de "maître-restaurateur" à tout juste 20 ans !). vous accueillera à l'Hôtel et Restaurant Gastronomique familial "Aux Lys d'Or".

Où trouver ces vins sur la métropole lilloise :
Domaine Pattes-Loup : Monsieur Vin (18,95 €)
Château de Béru : Les Vins d'Aurélien (24,80 €)
Domaine du Vieux-Château : Monsieur Vin (26 €)

Breaking news !
Thomas Pico et Athénaïs de Béru seront présents au Salon Vins Nature en Nord les 7 et 8 mars prochain !

 


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Brasseurs du Nord #2 : la Brasserie des 2 Caps Version imprimable


Entre les falaises calcaires abruptes du Cap Blanc Nez et les cinquantes nuances de grès du Cap Gris Nez s'étire une longue plage de sable blanc d'où, par temps clair, on aperçoit les côtes britanniques...


De la jolie plage de Sangatte - commune malheureusement plus connue du grand public pour ses camps d'immigrés clandestins que pour ses attraits touristiques - aux cabines de plages au charme désuet de Wimereux, en passant par Ambleteuse et son Fort Vauban, les villages de bord de mer s'égrènent au fil d'une route qui serpente entre les champs de colza et de céréales...
 

 
A l'instar de la Baie de Somme, du Marais Poitevin ou de la Camargue Gardoise, le Grand Site des 2 Caps est classé "Grand Site de France" depuis 2011.
 


Le Fort d'Ambleteuse construit par Vauban,
sauvé de la ruine par une association

Je l'avoue humblement : avant de venir habiter dans la région, je n'avais jamais entendu parler de ces endroits merveilleux - très prisés des touristes britanniques et belges - n'ayant jamais traîné mes guêtres en vacances au-delà des falaises normandes, trop attiré par les sirènes du Sud...

Et pourtant, comment ne pas succomber aux charmes de la Baie de Somme et de la Côte d'Opale ?!...
 

Pour les amateurs de bières artisanales, la Brasserie des 2 Caps figure en tête des merveilles de la Côte d'Opale. Créée en 2003 par Christophe et Alexia Noyon, lui ingénieur agricole ayant suivi un master de brasserie à l’Université de Louvains-la-Neuve (Belgique) et elle, diplômée de l’Ecole Supérieure de Commerce d’Angers, la brasserie est située sur la ferme familiale de Belle Dalle, à Tardinghen.
 


Au loin à droite, on aperçoit le Cap Blanc Nez...


La Ferme de Belle Dalle est une grande et belle maison en pierre du Boulonnais du XVIIIème siècle, dotée d’un splendide pigeonnier. La brasserie est installée dans les communs qui abritaient autrefois les chevaux.
 

Depuis la création en 2003, les bières créées sont commercialisées principalement sur la Côte d'Opale dans les commerces spécialisés (cavistes, épiceries fines, fromageries), les cafés-hôtels-restaurants, ainsi que dans quelques petites et moyennes surfaces alimentaires.

"En France, le secteur de la bière s’étant fortement industrialisé, nous avions perdu le goût et la diversité des bières artisanales. Depuis quelques années, de nouvelles petites brasseries proposent des bières artisanales, variées et savoureuses. Notre entreprise s’inscrit dans ce mouvement et nous créons de nouvelles recettes de bières originales et de qualité. Valoriser, innover, expliquer, associer, ancrer localement la bière nous semble être davantage le métier du brasseur artisanal que de développer les volumes" explique Christophe Noyon.

J'ai rencontré une fois son propriétaire, en me rendant sur place au printemps dernier. L'homme est du genre taiseux, un peu méfiant envers l'étranger que j'étais, timide sans doute mais aux paroles passionnées une fois la glace brisée. Les pieds sur terre, c'est certain. Plutôt fourmi que cigale. Une chose après l'autre.

D'abord créateur de recettes originales de bière produites à façon avant de développer son propre outil productif, comme en témoigne cette interview publiée en 2007 sur le site internet des Hôtels-Restaurants du Nord-Pas-de-Calais :

"Terrien dans l’âme, né à la ferme de Belle Dalle, je savais depuis toujours que je reviendrai au port. Ingénieur agricole, brasseur amateur, après 13 ans d’expérience chez Dupont de Nemours, j’ai choisi de quitter mon poste pour réaliser un rêve : créer une brasserie artisanale sur la Côte d’Opale et reprendre la ferme familiale.

Au printemps 2003, nous avons lancé notre première bière, la 2 Caps, une bière blonde dans le sillage des bières d’abbaye.

Ensuite, Philippe Olivier, maître-affineur de renommée internationale nous a fait l’honneur de nous proposer de lui concevoir une bière idéale pour l’accompagnement des fromages typés du Nord et de l’Est de la France : c’est ainsi qu’est née la bière à Frometon.

Enfin, au printemps 2004, la Blanche de Wissant, bière blanche rafraîchissante et parfumée est apparue sur les tables.

Début 2004, j’ai également repris l’exploitation familiale avec l’idée à terme d’une continuité du champ au produit fini…

Rassurés par le succès rencontré par nos premières bières, nous avons embauché une première personne en 2004 et restauré une grange pour y accueillir en décembre 2005 la salle de brassage, les fermenteurs et la ligne d’embouteillage.

2006 fût une étape majeure du développement de notre entreprise puisqu ’après la mise en service des équipements, nous avons lancé début juin notre première bière brassée sur place : la Noire de Slack (ndlr : du nom d'un cours d'eau qui se jette dans la mer à proximité du Fort d'Ambleteuse), bière noire aux arômes torréfiés… Bière récompensée par une médaille d’argent au salon de l’agriculture 2007.


Ensuite, toujours progressivement, indépendance et qualité étant les valeurs clés de notre entreprise, nous brasserons l’ensemble de nos recettes sur place.

Dans la brasserie, il y a peu de notion de terroir. En effet, entre l’agriculteur qui cultive l’orge de brasserie, principal ingrédient de la bière et le brasseur : il y a la transformation des grains d’orge en malt d’orge, réalisée par un intermédiaire : le malteur.

Le marché de la bière s’étant fortement concentré au siècle dernier, les industriels de la brasserie, pour des raisons de rendement au brassage et d’uniformité des malts utilisés, ont exigé des malteurs des malts de qualité quasi constante. Pour répondre à cette demande, les industriels de la malterie ont assemblé des lots provenant de différentes régions, afin de pouvoir fournir aux brasseurs un malt répondant à un cahier des charges précis, ne variant pas selon les années. De même, suivant le mouvement de concentration des brasseurs, les malteurs français ne sont plus que quelques uns, équipés avant tout pour répondre aux besoins des grandes brasseries.

Agriculteurs et brasseurs, cultivant de l’orge de brasserie réputée pour être de très bonne qualité, l’une de nos aspirations dès le début de notre projet était de renouer avec la notion de ferme brasserie et d’utiliser nos propres orges. Pour ce faire, il nous fallait identifier un malteur intéressé par le maltage à façon de quelques dizaines de tonnes alors que les silos des malteurs sont en général de plusieurs centaines de tonnes…".

C'est ainsi qu'est née la Belle Dalle, une bière de cru millésimée !
 

Elaborée à partir d'une seule variété d'orge de printemps, provenant exclusivement de la Ferme du Domaine de Belle Dalle, elle est le fruit de la rencontre d'un terroir, d'une culture et d'un savoir-faire : un terroir, celui de limon argilo-sableux allié à un climat maritime et d'exposition "Nord", une culture, celle de l'orge de printemps à 2 rangs, céréale à cycle court, particulièrement adaptée à la douceur de cet environnement, un savoir-faire, issu de la longue tradition des bières de haute fermentation du Nord de la France, associé aux talents des hommes qui la perpétuent.

Cultivée dans le cadre d'un assolement triennal, la culture d'orge de la ferme du Domaine de Belle Dalle permet d'élaborer 3 millésimes : "Le Bois de Belle Dalle", "Le Jardin de Belle Dalle", "Le Chemin de Wissant".

Bière apéritive et digestive, elle s'accorde tout naturellement avec le fromage dont la croûte est lavée avec cette même bière.

Aujourd'hui, Christophe Noyon continue à tracer son sillon, augmentant au fur et à mesure sa capacité de production, pour un jour peut-être brasser l'intégralité de sa production...

Bref, si un jour, vous venez passer des vacances sur la Côte d'Opale, vous saurez où vous ravitailler en bonnes bières du cru !...

Brasserie des 2 Caps
Ferme de Belle Dalle
62179 Tardinghen
Tél. 03 21 10 56 53
www.2caps.fr

 



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VIN-SOLITES ! Version imprimable


"Les Vins Insolites"
, tel fût le joli thème de la séance du Club AOC (Vendeville), que j'ai eue le plaisir d'animer le mois dernier...

Quel bonheur, chers lecteurs, quel bonheur ! Avec une telle thématique, on peut aller loin... loin... et faire découvrir aux papilles des curieux convives de nouvelles expériences bachiques !

Evidemment, tous ces objets vinicoles non identifiés et autres vins étonnants furent dégustés à l'aveugle. Bien malin celui qui s'essayait à retrouver la région viticoles, l'appellation, le terroir !...
 
 
Château Tour Grise (49)
Philippe et Françoise Gourdon   
Ze Bulle rosé (Vin de France)

Synopsis : un vin effervescent d'un rosé soutenu, 100% cabernet franc, totalement inédit de par sa méthode "originale" de vinification et son surprenant équilibre entre ses sucres résiduels et son acidité, d'une gourmandise diabolique...

Le Domaine : ce couple fait partie d'une longue lignée de vignerons angevins, débutée au XIXème siècle. Après avoir repris le domaine en 1990, ils le font évoluer les méthodes culturales vers l'agriculture biologique, puis biodynamique dès 1998. Ils exploitent aujourd'hui 15 hectares de cabernet franc et 5 hectares de chenin sur les AOC Saumur et Saumur-Puy-Notre-Dame.

Le Vin : 100% cabernet franc, issu de vignes plantées sur un terroir calcaire du Turonien. Après des vendanges manuelles (sans chercher la surmaturité), les raisins sont égrappés et légèrement macérés. La fermentation spontanée se déclenche avec les levures indigènes.

Jusque là, rien de nouveau sous le soleil saumurois. C'est ensuite que cela devient intéressant...

Par une subtile technique (gardée secrète), ils parviennet à conserver le gaz naturel produit par la fermentation alcoolique. Puis, après dégustation et appréciation de l'équilibre acidité/sucre et de sa structure, ils stoppent la fermentation, pratiquent une filtration fine et mettent en bouteille le vin avec son propre gaz (!). Il s'agit bien d'une méthode "originale" puisqu'elle diffère d'une méthode ancestrale, traditionnelle ou de type "cuve close", qu'à ma connaissance ce sont les seuls à pratiquer. Ici, pas d'élevage, la mise en bouteille s'effectue rapidement durant l'hiver.  

Dégustation : un vrai panier de yoplait aux fruits rouges ! Les arômes de griottes, framboise et fraise s'entrechoquent dans le verre ! De la grenadine pour adultes avec une légère efferscence. "C'est gourmand (et acidulé) !" comme dirait Cyril. Cette joyeuse boisson titrant 8%, disons-le tout net : c'est un véritable pousse-au-crime, tant ça glisse dans le gosier. L'espace d'un instant, on quitte la grisaille de l'hiver, on s'imagine en plein été, sous le parasol à côté de la piscine. Il fait beau, il fait chaud, sur la table à l'ombre trône un saladier rempli de fraises juteuses. Le verre dans une main, la cuillière dans l'autre, on est bien...

(merde, 'y a plus de chantilly !...)

 
Domaine de Creyssels (34)
Julie Benau
LiberO
2013

Synopsis : un Picpoul de Pinet "venu d'ailleurs", enfin plus précisément, du fond de l'étang de Thau...

Le Domaine : Ancienne ferme fortifiée du XVIème siècle, au coeur des garrigues et des bois, entre Voie Domitienne et Etang de Thau. Henir et Josiane achètent le domaine en 1982, alors à l'abandon. Leur fille Julie reprend le flambeau en 2000. Après d'importants travaux, ce domaine viticole comprend aujourd'hui également une auverge et un gîte. Il s'étend sur 15 hectares en AOC Coteaux du Languedoc, Picpoul (ou piquepoul) de Pinet et IGP Pays d'Oc.

L'AOC Picpoul de Pinet : encore assez méconnue hors du Languedoc, son histoire remonte pourtant aux Romains. Géographiquement, elle est située autour du Bassin de Thau, sur un plateau calcaire exposé au levant, au milieu du triangle Agde-Pézenas-Sète, d'où le slogan "son terroir, c'est la mer". D'abord rattachés à la famille des Coteaux du Languedoc (1985), les vignerons obtiennent une AOC propre en 2013. Le Picpoul blanc est originaire de la région. Sa première trace écrite remonte au XIVème siècle dans un texte en latin ("picapoll"). Son nom proviendrait de la manie qu'avaient les poules de "piquer" les grains éparpillés au sol. En effet, le picpoul est un cépage qui s'égraine très facilement. Sa production est en augmentation, passant de 15 000 hl en 1992 à 70 000 hl en 2012. Avec ses 1400 hectares plantés, elle est de fait la plus grande région de production de vins blancs du Languedoc.

Le Vin : le Picpoul de Pinet dans le Languedoc, c'est un peu pour moi l'équivalent du Muscadet dans la Loire. Généralement élevés sur lies, il présente souvent un côté légèrement perlant et iodé, avec une acidité "tonique", qui en font l'ami idéal des plateaux de fruits de mer, à l'instar des vins nantais. La particularité de celui-ci est d'avoir vieilli 6 mois en barrique au fond de l'étang de Thau : c'est le fruit de la collaboration entre Julie Benau avec un ami vigneron (Frédéric Kast, directeur technique du Château Capionet un ami ostréiculteur, depuis le millésime 2011. A l'issue de la fermentation alcoolique, les barriques sont immergées dans l'eau. Elles ne reposent pas au fond, mais sont en suspension à l'aide de lests. Les mouvements de la mer provoquent donc un bâtonnage intensif du vin ! 

Dégustation : il présente une robe d'un jaune d'or aux reflets gris. Ses notes minérales, florales et iodées vous sautent au pif ! Puis à l'aération, des notes d'agrumes se dégagent... En bouche, c'est GRAS. Et ça vous cueille à froid parce que vous n'imaginiez pas tomber sur un picpoul qui "meursaulte"... Et comme ce gras est sous-tendu par une franche acidité, cette dernière vient apporter un superbe équilibre au vin ! On est loin de l'image convenu du picpoul. Ce qui me fait d'autant penser à ces beaux muscadets de garde ! Très belle découverte.
 
 
Domaine Thierry Navarre (34)
Rybeyrenc 2013

Synopsis : on reste dans le Languedoc, chez Thierry Navarre, grand défenseur des cépages oubliés et méconnus de sa région, et plus gros producteur mondial de Rybeyrenc. Normal, vous me direz, c'est le seul...

Le Domaine : Thierry Navarre est issu d'une famille de vignerons (3ème génération) à Roquebrun, et exploite 12 hectares de vignes plantées sur des grandes terrasses de schistes bruns de l'AOC Saint-Chinian, selon les principes de la biodynamie.

Le Vin : le cépage Rybeyrenc est, comme mentionné sur l'étiquette, un cépage oublié du Languedoc (planté au XVIIIème et XIXème siècles), qu'a remis en culture Thierry Navarre à partir de quelques pieds trouvés dans ses anciennes vignes, sur 3 coteaux de schistes exposés sud-est.

Dégustation : étant le seul producteur de Ryberyrenc, impossible d'avoir un point de comparaison. Si je devais tenter de le définir en quelques adjectifs, ce seraient "paysan", "rustique" et "digeste" (rien de négatif dans mon esprit !). D'abord marqué par un poil de réduction, son côté "sauvage" devient plus aimable à l'aération, sur des notes florales et végétales (ronces). Peu extrait, ce jus se pare d'une couleur rouge claire, loin de certains vins "confiturés" de la région. Faiblement alcoolisé, et très digeste, et bien que présentant des tanins un peu secs de prime abord, ça glisse tout seul. Aussi à l'aise pour étancher la soif des travailleurs de la terre, sous le soleil de plomb du Midi, que d'agrémenter agréablement la conversation autour d'un barbecue...
 
 
Mas del Périé (46)
Fabien Jouves
You fuck my wine?!

Synopsis : "You talkin' to me? Then who the hell else are you talkin' to? You talkin' to me? Well I'm the only one here. Who the fuck do you think you're talking to?"

Le Domaine : Fabien Jouves est issu d'une vieille famille paysanne du Causse. Il devient vigneron en 2006 en créant le Mas del Périé sur les plus hauts coteaux de Cahors. Culture biodynamique, vinification naturelle, cuvées parcellaires sont les maîtres-mots du domaine. Fabien fait indéniablement partie de la relève des vignerons cadurciens ! Et parallèlement de ces cuvées de Cahors, il propose également une gamme de vin de soif commercialisée en Vin de France, aux titres évocateurs : Tu vin plus aux soirées, le vin qui rappe, you fuck my wine?!...

Le Vin : ce vin est issu de vignes de 50 ans de Jurançon Noir, plantées sur des coteaux argilo-calcaires d'altitude. Ce cépage n'a évidemment rien à voir avec l'AOC des contreforts des Pyrénnées, mais est issu d'un croisement entre la folle blanche et le malbec. De 12 325 hectares en 1958, sa surface de production a considérablement diminué, passant à 1 120 hectares en 2006. Vinifié naturellement en grappe entière pendant 10 jours, il est élevé 6 mois en cuve béton et barriques et embouteillé sans collage ni filtration.

Dégustation : comme le précédent, le vin est marqué par un peu de réduction à l'ouverture et des notes animales. Du fait de son lien de parenté avec le malbec, sa robe est beaucoup plus foncée. En termes de profil, on est dans le même esprit que le Rybeyrenc : c'est rustique mais super digeste, bref c'est fait pour picoler ! Certains ont essayé de re-faire le monde autour de cette quille, sans forcément convoquer Descartes et Nietzsche à la table. Il paraît que cela n'a rien changé en substance à notre monde de brutes, mais des témoins rapportent que les protagonistes avaient bien rigolés...
 
 
Domaine Les Chesnaies (37)
Béatrice et Pascal Lambert
Ligeris Dolium 2013

Synopsis : des grains de cabernet franc, une jarre en céramique, du temps...

Le Domaine : ce couple crée leur domaine à Cravant-les-Coteaux en 1987. Pour la petite histoire, le nom de cette commune (qui représente 40% de l'AOC Chinon) provient du latin "CRA = craie, pierre" et de "VENTO = lieu", que l'on peut donc traduire par campagne caillouteuse. A partir de 1995, ils furent parmi les premiers sur l'appellation à s'engager sur la voie de l'agriculture biologique (ils ne demanderont la certification que 10 ans plus tard), puis de la biodynamie (certifié en 2012). Ils sont aujourd'hui considérés parmi les meilleurs vignerons de l'appellation, à juste titre !

Le Vin : les plus fûtés d'entre vous et ceux qui ont pris option latin en 4ème l'auront compris, il s'agit effectivement d'une vinication et d'un élevage d'une cuvée de Chinon en "dolium", à savoir une jarre en céramique d'époque romaine.

Dégustation : Pas un poil de volatile, le nez est net et précis, tout à fait typique du breton rabelaisien. Finesse et élégance caractérisent cette cuvée aérienne, aux tanins d'un soyeux "tout en dentelle". Le tourangeau que je suis a évidemment adoré cette cuvée !... Pour une première tentative et, qui plus est, sur un millésime difficile, sortir un vin pareil, c'est tout simplement remarquable.
 

 
Château Bel Air Marquis d'Aligre 1995
Pierre Boyer

Synopsis : un Margaux d'un autre temps... Ou quand, pour une fois, la mention de "grand cru exceptionnel" n'est pas abusive...

Le Domaine : Monsieur Pierre Boyer est un vigneron à part sur cette prestigieuse appellation communale du Haut-Médoc. Indifférent aux modes, il fût imperméable à la "parkerisation" des années 1980-90. Point d'élevage en bois neuf et peu d'extraction sont les règles, renouant ainsi (ou perpétuant) avec les méthodes de vinification encore en vogue au XIXème siècle à Margaux. Vous ne trouverez pas non plus de 2nd ni de 3ème vin.

Pierre Boyer bichonne ses 13 hectares de vignes (30% cabernet sauvignon, 20% cabernet franc, 35% merlot et 10% petit verdot), sises sur des croupes de graves légères : une partie sur Soussans à côté du château, l'autre parcelle étant contigue (excusez du peu) de Château Margaux. Ces vignes de 35-40 ans d'âge en moyenne, dont quelques centenaires, sont plantées en haute densité (10 000 pieds / hectare), ce qui était courant dans les vignobles qualitatifs à l'époque.

Le vignoble est très légèrement amendé. Pierre Boyer ne pratique pas les vendanges en vert et les rendements tournent autour de 20-30 hl/ha, bien en-dessous du maximum autorisé par l' AOC Margaux (45 hl/ha). La production avoisine 30 000 bouteilles par an.

Le Vin : est vinifié naturellement en cuve béton. La fermentation alcoolique dure environ 5 semaines, puis le vin est élevé en cuve jusqu'au mois de mai. S'en suit un court passage en barrique de plusieurs vins pendant 5 à 6 mois, puis une seconde période d'élevage en cuve béton pendant 2 ans. A noter que, si M. Boyer considère que toutes les facettes de son vignoble ne sont pas fidèlement représentées, ce dernier déclasse sa production et la vend au négoce (c'est pour cela que vous ne trouverez jamais de millésimes 1991, 1992, 1993, 1994 et 1997).

Dégustation :  d'une robe noir aux reflets tuilés, d'une couleur "café", ce vin exhale des notes de fruits secs, de cuir, de tabac et de nobles champignons. La texture de ce vin est d'une sublime délicatesse. Malgré ses 20 ans, le vin est certes à boire sans trop attendre, mais en rien décharné, et affiche au contraire une surprenante jeunesse. Certains le considèrent comme le plus atypique des Margaux, mais ne devrait-on pas plutôt comme le plus typique d'une appellation dont les poètes ont tant loué l'élégance ?...

Sans même évoquer son excellent rapport qualité/prix/plaisir (29,90 €), eu égard aux prix vertigineux de nombres de ses voisins "classés", c'est définitivement mon coup de coeur de la soirée.

Pour poursuivre votre lecture, je vous invite chaudement à consulter l'excellent article de Jacques Perrin, après sa visite au domaine.
 

Domaine Léon Barral (34)
Didier Barral
Blanc 2012

Synopsis : un vieux cépage languedocien, une macération pelliculaire, un drôle de vin orange...

Le Domaine : Didier Barral reprend le domaine familial au début des années 90, composé de 25 hectares de coteaux schisteux et pentus, exposés plein sud et abrités par les contreforts cévénols, sur le terroir de Faugères. Depuis, ce vigneron, devenu l'une des références de l'appellation, et du Languedoc en général, n'a eu de cesse de favoriser la biodiverstié en s'attachant à créer un véritable système d'élevage-culture bio : vaches qui patûrent dans les vignes, nichoirs à chauves souris, tracteur à chenilles pour ne pas tasser les sols, compost préparé à partir de cartons de récupération...

Il a également développé un outil pour plier l'herbe sans la couper, afin de paillasser le sol durant les étés caniculaires, et ainsi préserver de la fraîcheur à son terroir.

Pour toutes ces initiatives, le Ministère de l'Agriculture lui a d'ailleurs décerné le tropée de l'agriculture durable en 2012, catégorie exploitant.


 
Le Vin : 100% terret gris, vieux cépage languedocien aussi appelé terret bourret, vinifié en macération pelliculaire, à l'instar de certains vins dits "oranges" produits en Italie, Géorgie, Serbie, etc.
 
 
Dégustation : précisons-le tout de suite, ce vin a vraiment besoin d'oxygène. Passé les premières notes d'orge malté et de cidre, le vin développe à l'aération des notes d'oranges, de mandarine et de raisin frais. Ceux qui n'avaient encore jamais goûté de vins oranges en ont eu pour leur frais, logiquement déstabilisé par l'amertume et surtout la structure tannique propre à ces breuvages surprenants ! J'avais fait exprès de le servir après les vins rouges, sur le plateau de fromages : grand bien m'en a pris, c'était extrêmement intéressant en termes d'accords mets & vins !
 
 
Mas del Périé (46)
Fabien Jouves
Orange Voilée

Synopsis : des vignes de chenin à Cahors + un moût qui a pris le voile = orange voilée

Le Vin : tout est dit dans le synopsis... un vin de voile oxydatif, type vin jaune, produit à partir de chenin par un vigneron à Cahors, avouez que ça a de quoi intriguer !...
 

Pas de doute, celui-là, il n'a pas été plus filtré que le précédent...
 
Dégustation : de la noix et du curry, en veux-tu en voilà !... Bien malin celui qui aurait trouvé le chenin derrière le caractère oxydatif du vin !... Parfait pour finir le plateau de fromages...
 
 
Domaine de la Garrelière (37)
François Plouzeau
Couleur du Temps 2005


Le Domaine : est situé à 8 kms de la Ville de Richelieu (c'est la seule exploitation viticole présente dans ce coin-là, au sud de la Touraine et aux portes du Poitou),  sur une colline exposée au sud.  Les 20 hectares de vignes dominent la Vallée de la Veude (petite rivière) avec un paysage remarquable, paisible et harmonieux. Il fait partie de l'appellation Touraine mais sa situation géographique le classe à part.

Les Conseillers du Cardinal de Richelieu - Jean-Armand du Plessis (1585 -1642) - avaient repéré ces lieux déjà plantés de vignes et décidèrent d'agrandir le vignoble pour désaltérer les habitants de la nouvelle ville de Richelieu érigée non-loin de là. Au début des années 1850-1900, le domaine comportait 60 hectares de vignes et des nouveaux chais furent construits. La Famille Plouzeau a acquis ce domaine en 1973 et François Plouzeau y travaille depuis 1985 selon les principes de la biodynamie.

Sur une assise argilo-calcaire, des argiles à silex, des sables éoliens viennent composer le sol. Mais la particularité du domaine est cette mosaïque de veines de terre, cette diversité de qualité d'argiles et de cailloux. L'étymologie du mot « Garrelière » viendrait de garre-galle-gal : cailloux en ancien français et lière : le lieu, le ciel.

Le Vin : ce vin fût uniquement produit en 2005. J'imagine que la fermentation alcoolique a été jusqu'au bout du bout... en résulte un vin à l'équilibre acidité, alcool (14,5%) et sucre (entre 1/2 sec et moelleux) surprenant !

Dégustation : D'une couleur jaune d'or, le divin nectare exhale des fragances miellées... à associer avec un foie gras sur sa tranche de pain d'épice ou un plat épicé ou sucré-salé.

Encore une sacrément belle dégustation à l'Association Oenologie et Culture !

Où trouver ces vins sur la métropole lilloise :
Ze Bulle rosé : Biovino
Libero : Monsieur Vin
Ryberyrenc : Au gré du Vin, Biovino
You fuck my wine?! : Au gré du vin
Château Bel-Air Marquis d'Aligre : Monsieur Vin
Barral blanc : Au gré du vin
Orange voilée : Au gré du vin

Vous trouverez également la majorité de ces vins chez Eric Bernardin, excellent caviste en ligne, sur son bien-nommé site internet Vins Etonnants : www.vins-etonnants.com
 
 


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Tirer le groslot #2 : Brain de Folie... Version imprimable

De retour des salons Angevins (Dive Bouteille, Levée de la Loire), et après quelques jours passés sur mes terres tourangelles, je m'arrêtais à Paris voir mon pote Nico, autre tourangeau expatrié, et sa femme Magali.

Je n'arrivais (évidemment) pas les mains vides, ayant préalablement rempli ma musette de quelques douceurs tourangelles chinées à la Cav' par 3 et à la Balade Gourmande...

Rillettes et pâtés, Gamay sans tralala de l'excellent vigneron François Plouzeau (Domaine de la Garrelière), et ce grolleau nouveau-né des Fils Boisard.
 

Le Domaine du Mortier des Fils Boisard est situé à Saint-Nicolas de Bourgueil. Adeptes et militants de l'agroécologie, ils proposent une gamme très cohérente de vins naturels (pas de chaptalisation, pas de levurage, doses homéopathiques de sulfites voire vinification sans sulfites ajoutées) sur les AOC Saint-Nicolas de Bourgueil et Bourgueil. Ils produisent également plusieurs cuvées à base de cabernet franc, cabernet sauvignon, sauvignon et grolleau commercialisées en Vin de France, issues de vignes sur des terroirs de graviers de la commune de Brain-sur-Allonnes.
 
 
Chez les Boisard, c'est simple, tout est sur la contre-étiquette...

Brain de Folie... "Un vin de soif très festif !" dixit la fiche technique. Voilà. Tout simplement. Un vrai vin de copains qui se retrouvent autour d'un pot de rillettes. Issu de jeunes vignes de 4 ans (0,5 ha), et vinifié en macération carbonique, sans sulfite ajouté.
 


Du glou, du glou et encore du glou. Pas de chichi, pas de bla-bla.
A boire dans les 6 mois. Idéal pour refaire le monde.


 


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